La Françafrique ? Quelle Françafrique ?
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 2 juin 2010, 12:04 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Plus forts que Mandrake le magicien,
les thuriféraires de la Françafrique nous annoncent qu’elle n’existe plus, que
c’est bien fini tout çà, que la rupture c’est la rupture, bref, que certains
esprits chagrins feraient bien de crier en chœur avec nous, « la
Françafrique, y’a plus !»…
Tout d’abord, les sommets franco-africains se sont appelés sommets « France Afrique » (en deux mots). Lorsque les médias se sont emparés du mot « Françafrique » (en un seul mot), à savoir le concept popularisé par le regretté François-Xavier Verschave -des relations obscures et parallèles entre la France et certains états africains dont la plupart étaient ses anciennes colonies- les sommets se sont appelés « Afrique France». C’est le syndrome de la poussière envoyée sous le tapis. Pour nos prestidigitateurs, l’équation est simple, plus de sommet « France Afrique » (en deux mots), plus de « Françafrique » !
Cinquante ans après ce qu’on a appelé les « indépendances », le Président de la République Française veut nous faire croire que sa politique dite de rupture aurait des effets et que ces « réseaux d’un autre temps » ne seraient que souvenirs du passé ou délires de militants. Mais pour un Jean-Marie Bockel qui a trop cru les promesses de son candidat et qui fut donc remercié et remplacé à son poste à la « coopération » suite un dernier éclat de feu Omar Bongo, combien d’Alain Joyandet pour perpétuer la tradition ? D’ailleurs la tradition Sarkozienne depuis son élection à la fonction suprême, à l’instar d’autres déclarations sur d’autres sujets, semble une répétition un poil proche du radotage : il faut en finir avec le passé, d’ailleurs le passé c’est le passé, les pays africains sont des partenaires à part entière, la France a autant besoin de l’Afrique que l’Afrique de la France, et autres légendes du même tonneau…
Mais il ne s’agit pas de nier les problèmes pour qu’il n’y ait plus de problème. Alain Joyandet ne déclarait-il pas ces derniers jours à l’agence de presse chinoise Xin Hua : « Si la Françafrique, c'est l'amitié, c'est la fraternité entre la France et l'Afrique, alors vive la Françafrique. Donc, pourquoi pas ? Si la Françafrique, c'est un certain nombre de choses qui sont négatives, alors non, ce n'est pas le retour de la Françafrique. Voilà, dans la Françafrique il y a tout et en même temps il n'y a rien. Donc, je ne sais pas très bien ce que ça veut dire. ». On remarquera que si sa langue n’est pas du bois dont on fait les pipes, elle est aussi dense que l’ébène, seul bois plus lourd que l’eau et qui coule au lieu de flotter.
Ainsi, on fait du neuf avec du vieux, les membres du gouvernement, omniprésident en tête, n’ont retenu dans leurs « éléments de langage » que des épithètes positifs : « tourner la page », « solder le passif », « partenariat rénové », et autres fariboles. Car pendant le sommet devant les caméras de télévision, la diplomatie parallèle continue à tourner à plein régime : le retour de Robert Bourgi, la présence discrète de Patrick Balkany, les émissaires plus ou moins discrets, la forte présence de sociétés appartenant à des amis du président notamment dans les zones juteuses de conflit, le soutien diplomatique à des régimes pas forcément très recommandables, l’acceptation des putschs qui reviennent à la mode, bref, pas grand-chose ne change, demandez à Areva ce qui se passe au Niger, ou encore, quelle différence entre Total et Elf ?
Quoi qu’il en soit, après l’entrée en matière tonitruante de notre président sur la scène africaine lors de son fameux et fumeux discours de Dakar en 2007, on pointera pour terminer une des nombreuses contradictions du président français qui a déclaré le 31 mai dernier à Nice : « La France et l'Europe ont autant besoin de l'Afrique que l'Afrique a besoin de l'Europe et de la France » après avoir déclaré en 2006 au Mali : « La France, économiquement, n'a pas besoin de l'Afrique ».
Le mot de la fin à notre président himself, qui dans l’ambiance feutrée de l’Elysée à déclaré en septembre 2007 alors qu’il remettait la légion d’horreur, pardon d’honneur à Robert Bourgi : «Je sais, cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que, sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui te conseillait jadis, de rester à l’ombre, pour ne pas attraper de coup de soleil. Sous le chaud soleil africain, ce n’est pas une vaine précaution. Jacques Foccart avait bien raison».
CQFD.

