Difficile de savoir si c’est l’époque ou la Coupe du Monde de foot qui incite tout un chacun à se transformer tour à tour en Grincheux, Prof ou Simplet, mais la meute change de direction. Après avoir hurlé sur Raymond Domenech, le luxe (plus que sur la luxure, d’ailleurs), le 4-4-2, le 4-2-3-1, le 4-4-3 ou encore le 5-5, nos donneurs de leçons patentés ont enfourché un nouveau cheval de bataille dès ce troisième jour de la compétition.

La cause à embrasser, si j’ose dire, la vuvuzela. Ou plutôt, devrai-je dire, la lutte contre les vuvuzelas qui ont envahi à la fois les stades et le champ sonore émis par nos chers téléviseurs. « Vous êtes nombreux à vous plaindre de ce vacarme que font les Africains, même du sud. Luttons ensemble mes bien chers frères téléspectateurs contre ce nouveau fléau en provenance d’Afrique ! ». Bon, c’est un peu exagéré, mais à peine. Et même, en réfléchissant, ne serait-ce pas le résultat du message subliminal qu’on essaye de nous envoyer ? Car, à peine les lumières de la cérémonie d’ouverture à peine éteintes, à peine le coup de sifflet final du match d’ouverture sifflé, on n’entend plus les bonnes nouvelles. Tout le monde désirait un peu, par jalousie peut-être que l’Afrique du Sud se planterait.

Le pays n’allait pas être prêt pour l’événement le jour J ? Raté ! Les stades allaient être merdiques ? Encore raté ! Les touristes et les journalistes volés, violés et troussés et détroussés ? Nom d’un chien, raté ! Le tragique décès de l’arrière petite fille de Mandela a bien été mis en valeur, mais la compétition a vite évacué le drame, plus vite qu’une attaque d’un bus togolais sur les routes disons, de Cabinda. Pas grand-chose de sensationnel pour les médias à nous livrer en pâture, il faut bien meubler. Alors enfourchons la lutte anti vuvuzelas. Car, vous aussi avez de fortes migraines après un match fourré à la vuvuzela, commenté par nos journalistes et consultants tant des chaînes privées que publiques qui eux sont équipés, mais chut, de casques anti bruit, comme les gars sur le tarmac des aéroports internationaux.

Les plaisanteries plus ou moins douteuses suivies des analyses scientifiques montrant les dommages pour le système auditif ou le graphique (authentique !) plaçant la vuvuzela juste en dessous du 747 comme arme de destruction auditive n’ont qu’un but : il faut faire interdire par la FIFA ces trompettes de la mort ! D’ailleurs le service public ne s’y est pas trompé qui a lancé un sondage en ligne, par téléphone (combien la minute ?) ou sms (surtaxé cela va sans dire).

Après la cacophonie attribuée à la communication de Raymond, celle due aux indigènes de la Sudafriquie. Pourtant il est très certainement déjà arrivé que des téléspectateurs subissent ces migraines après un match sans l’engin controversé, mais bel et bien avec ces cris stridents ou de gorge, ces commentaires auxquels la syntaxe approximative dispute au vide sidéral de la pensée développée, si j’ose dire, par les commentateurs en question, chauvins en diable et offrant du temps de cerveau disponible aux annonceurs (combien la minute de spot de pub ?).

Alors chers amis, résistons ! Soutenons sans réserve la vuvuzela, expression footballistique du peuple sud-africain libre et souverain pas plus ridicule que les « qui ne saute pas n’est pas des nôtres » des supporters français, que les chants embierrés anglais, ou encore que les insultes italiennes et les cris de singes espagnols lancés aux joueurs un tant soit peu noirs autour de bon nombre de terrains européens (il est à noter que personne n'a l'exclusivité de ces stupidités, il n'y a pas de monopole de la connerie, vous pouvez changez les nationalités...).

C’est pourquoi nous nous écrions, à l’instar du Général de Gaulle, « Vive la Vuvuzela libre ! ».