Bien sûr que non. Le onze national ghanéen a une histoire, une longue histoire, et un palmarès plus que correct à l’échelon continental, mais pas seulement. Vainqueurs de la Coupe d’Afrique des Nations en 1963, 1965, 1978 et 1982 (ce qui ne rajeunit personne), leurs récentes prestations lors des CAN 2008 (troisièmes) et surtout 2010 (deuxièmes, battus par les Pharaons égyptiens en finale 1-0) pouvaient laisser augurer que l’équipe des Black Stars avait la possibilité de devenir la dernière représentante des équipes africaines. Car cette équipe possède de l’expérience malgré le jeune âge de certains de ses joueurs. Il est à noter que le Ghana a été vainqueur de la coupe du monde des moins de 20 ans en 2009 (compétition ayant eu lieu… en Egypte). C’est également la seule équipe africaine étant allée en quart de finale lors de Germany 2006, sévèrement battue par le Brésil 3-0.

Les Black Stars ont montré en janvier lors de la CAN en Angola une force de caractère qui confirme le talent de compétiteurs des joueurs. Battus lors de lors premier match 3-1 par les Eléphants emmenés par Didier Drogba lors de l’ubuesque phase de poules disputée sans le Togo, elle passe les quarts en battant le pays organisateur puis le frère ennemi nigérian avant de s’incliner en finale battue seulement 1-0 par l’Egypte. Les Pharaons avaient réussi quelques jolis scores en poule (victoires 3-1 contre les Super Eagles nigérians, 2-0 contre les Ecureuils béninois ou les Flammes mozambicaines). Mais l’Egypte est montée en puissance lors de la deuxième phase (3-1 contre les Lions déjà édentés du Cameroun en quart et 4-0 contre des Fennecs décidément (et malheureusement) pas toujours fiables en demie.

Ce rappel sur la performance des Pharaons est nécessaire pour mieux montrer celle réussie par le onze du Ghana lors de cette CAN qui a servi de répétition général aux « mondialistes » du continent, Bafana Bafana non inclus. Déjà, la Côte d’Ivoire, l’Algérie et le Cameroun avaient déçu par la précocité de leur élimination pour les Eléphants, le jeu sur tapis vert pour les Lions de Yaoundé (difficile de les qualifier d’indomptables en ce moment) et la claque de la revanche de la saga « Tempête du Désert ») pour les Fennecs.

Le onze des Black Stars est monté en puissance lors de cette CAN Angola 2010 malgré (déjà) l’absence de Michael Essien mais aussi d’Appiah et de Muntari. L’absence des trois stars a-t-elle favorisé l’intégration des jeunes champions du monde de moins de 20 ans ? Pas impossible. Mais le Ghana possède de très bons joueurs « en permanence ». Outre Abedi Pelé (papa des frangins Ayew) on trouve tout au long de l’histoire des Black Stars des joueurs comme Ibrahim Sunday, Tony Yeboah, Samuel Kuffour… L’équipe féminine ghanéenne est elle aussi performante : finalistes en 1998, 2002 et 2006 du championnat d’Afrique, troisièmes en 2000 et 2004, les Black Starlettes ( !) montre que le football est véritablement développé au Ghana. On mesure mieux le contexte qui fait que ce pays est seulement la troisième nation africaine à ce niveau après le Cameroun en 90 et le Sénégal en 2002.

Ce qui nous amène à l’identité de jeu de cette équipe. Les Black Stars étaient, suite à l’indépendance en 1957, une priorité pour Kwame Nkrumah, au même titre que les conférences panafricaines d’Accra. Le Ghana a une permanence de résultats en CAN et développe également un véritable jeu d’équipe, collectif et solidaire.

Enfin, le Ghana est un exemple pour celles et ceux qui pensent que, non seulement « l’homme africain » peut rentrer dans l’histoire (Nkrumah, Rawlings…) mais qu’il n’y a pas de fatalité non-démocratique en Afrique. La symbolique (à deux balles ?) de l’attribution de l’organisation de la Coupe à l’Afrique du Sud est souvent énoncée par les médias. On risque fort de moins entendre dire que la performance du Ghana récompense cette véritable démocratie qui a vécu deux alternances politiques en 2000 et 2008, le tout sans violence et dans le respect de la constitution.

Serait-ce un signe ? De Nkrumah à John Atta-Mills en passant par Jerry Rawlings le Ghana, qui a été le premier pays subsaharien à accéder à l’indépendance (hormis les cas du Liberia et de l’Ethiopie), a été un des pionniers du football sur le continent. S’il est vrai que la colonisation par les Britanniques a certainement joué sur l’implantation de ce sport dans le pays, les Black Stars ont été et sont toujours les ambassadeurs de l’avant-garde (politique) du Ghana.

N’oublions pas que Kwame Nkrumah était surnommé « The Black Star of Ghana » et que l’esprit des guerriers Ashanti souffle toujours sur le Ghana…

Voir également sur ce blog :

Ghana : Accra à la démaquereautie ou accros à la démocratie ?

CAN 2010 : finale Nasser – Nkrumah