C’est donc armé, là encore au choix, d’une bonne dose de mauvaise foi, d’un humour plus que douteux, ou d’un réalisme que les thuriféraires du moraliste réactionnaire qualifieront de soviétique que je vais tenter d’éclaircir le mystère Zemmour. Pour commencer, faisons ce qui devrait plaire à notre désormais « martyr » de la liberté d’expression, un retour en arrière. C’est donc pour des propos tenus devant des caméras (en effet, ses propos oraux sont beaucoup plus écoutés que n’est lue sa prose) que le sieur Zemmour se retrouve dans le prétoire. Selon notre brillant intellectuel, « les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C’est un fait » ou encore les employeurs « ont le droit » de refuser des Arabes ou des Noirs, sur… France Ô ou notre broyeur de Noirs a ses entrées. Paradoxalement. C’est un fait.

Voilà pour le décor judiciaire actuel. Notre phare de la pensée a donc accumulé depuis quelques années des positions aussi tranchées que tranchantes sur la « question noire et arabe ». Pourquoi ? Comment ? Une théorie pourrait être que dans notre monde de plus en plus virtuel, Zemmour, objet cathodique, n’existe tout simplement pas ! En effet, Eric Zemmour serait la face sombre, ta-ta-tam, roulements de tambour… d’Elie Semoun ! Et je vais tenter de le prouver. Donc Eric Zemmour serait un Elie Semoun, qui, déçu, fâché, mortifié, que sais-je, par son ancien compère Dieudonné, basculerait du côté obscur. La tentation de l’extrême droite de l’ex-humoriste qui aime les pyjamas rayés aurait-elle créée une jalousie chez le copain de Frank Dubosc ? N’existe-t-il d’ailleurs pas quelques indices ? A-t-on déjà vu Zemmour et Semoun ensemble sur un même plateau télé ? Et si oui, n’existe-t-il pas de trucages vidéo ? Elie Semoun n’utilise-t-il pas de façon réitérative dans ses sketches le terme « bamboula » ? Les prestations de Zemmour, chez Ruquier, France Ô, Ardisson ou autres ne sont-elles pas bâties et interprétées comme des sketches ? Semoun n’est-il pas un habitué de l’art du grimage pour jouer des personnages de fiction ? Là en l’occurrence, Zemmour serait son personnage de friction. C’est un fait.

Quoi qu’il en soit. Posons-nous cette question : est-ce que Semoun ou Zemmour goûteraient à cette tentative humoristique énoncée dans les lignes précédentes ? Je crains bien que non et ils auraient bien raison : assimiler un séfarade à un autre séfarade n’est vraiment pas du meilleur goût et je l’assume. Car si Zemmour tombe un jour sur cette chronique, il y a fort à parier qu’il trouve cette assimilation aussi gerbante que nous pouvons, que l’on fasse partie ou non du MRAP, de la LICRA ou de SOS Racisme, considérer les généralisations du bonhomme mettant tous les « Noirs ou Arabes » dans le même panier, à salade bien sûr, puisque ce sont tous des délinquants… C’est un fait.

Mais revenons à l’épisode qui nous préoccupe, à savoir la chronique judiciaire. Le procès qui lui est intenté par pas moins de 5 organisations risque d’avoir l’effet inverse de celui recherché. Depuis quelques jours, une tribune géante lui est offerte et permet à une majorité silencieuse et néanmoins raciste ou xénophobe d’exprimer un racisme et une haine aussi certains que deux et deux font quatre. Sans compter sur le verdict qui pourrait amener un non-lieu et donc légitimer ce type de propos dans un des rares pays où le ministre de l’intérieur, garant de l’ordre public, est condamné pour injure raciste… C’est un fait.

Le mot de la fin à l’écrivain Robert Sabatier, dont on ne sait s’il pensait à Zemmour le jour où il déclara : « Le racisme est une manière de déléguer à l'autre le dégoût qu'on a de soi-même ».

C’est un fait.