Souvenez-vous, c’était en 2001. Lors de la garden party de l’Elysée, interrogé par des croupions, pardon, des grands professionnels du journalisme télévisé, l’ancien président Jacques Chirac, qui défraie en ce moment la chronique constitutionnalo-juridique, avait déclaré que la campagne de la présidentielle de 2002 allait se faire sur l’insécurité. Et hop ! (et pas hip hop !) tous les médias et en particulier la télé, avaient embrayé derrière cette assertion présidentielle qu allait s’avérer pestilentielle quelques mois plus tard. Après avoir été gavés jusqu’à la nausée par l’importance alors donnée aux faits divers qui émaillèrent non pas la campagne mais le ton et le temps de ladite campagne, de la claque donnée par Bayrou à un morpion qui lui « faisait les poches » à l’incendie de la maison de Papy Voise en passant par les embrouilles à Evreux, rien ne nous avait été épargné et le candidat Jospin, alors premier ministre était passé à la trappe au premier tour façon candidat du Parti des travailleurs ou même Modem.

La France se découvrait donc le 21 avril 2002 avec deux candidats restants que d’aucuns surnommèrent « L’escroc et le facho ». Dix ans après, le scénario semble vouloir se répéter et l’Histoire bégayer comme un roi d’Angleterre qui aurait des problèmes orthophoniques. Car, si on regarde un peu ce qui se passe dans le monde réel, c'est-à-dire celui des médias, on ne peut que constater que l’UMP essaie de nous resservir la même recette avec une sauce peut-être un peu plus brutalement épicée mais dans la même veine. En 2002, nul doute que les attentats du 21 septembre attribués à Al Qaeda avaient joué sur le résultat. Aujourd’hui, ce sont les révoltes et révolutions subméditerranéennes qui servent d’épouvantails. Par une sorte de gigantesque tour de passe-passe, nos prestidigitateurs de l’information, nos illusionnistes de l’actualité ou encore nos apprentis sorciers de la bonne parole cathodique nous informent que la campagne pour 2011 se fera sur la « laïcité », les prières dans la rue, les hordes d’immigrés qui, n’étant plus contenues par l’excellent ami de Patrick Ollier-Marie, à savoir le bon colonel Kadhafi, vont venir par Lampedusa jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes, etc.

Donc, pour en revenir à ce tour de passe-passe avant de digresser dans un rappel mesquin des fidélités en amitiés du compagnon de la ministre éjectée, ce dont je n’étais pas obligé, mais parfois les mauvais esprits sont irrécupérables à défaut d’avoir été détectés dès la maternelle, ces révolutions en terre arabe (à défaut d’être arables) sont sensées selon nos médias et politiques dont le passe-temps est de souffler sur les braises, nous fournir matière à invasion. Le bon colonel ne stoppant plus ces Noirs et ces Arabes comme dirait Zemmour, mais lui, il dit ces mots sans les majuscules, ceux-ci vont donc logiquement se retrouver sur les plages de Cannes, de Six-Fours (le rêve de Jean-Marie et de Brice ?) ou pour les moins chanceux d’entre eux de Palavas-les-Flots en évitant Saint-Tropez où Brigitte Bardot veille… Ne serait-il pas intellectuellement plus honnête d’émettre l’hypothèse que, si les révolutions amènent dans l’avenir plus de démocratie, de libertés et de redistribution des richesses, que la pression migratoire s’affaiblisse ? Que la jeunesse des pays concernés aie envie de reconstruire leur pays et la démocratie ?

Mais non, on préfère nous passer en boucle les propos de cette députée UMP, Chantal Brunnel qui a déclaré : « Rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout, remettons-les dans les bateaux ! ». Normal dans un pays dont le parti présidentiel compte dans ses rangs un ex ministre de l’intérieur condamné pour injure raciale et dont le comité central du même parti ovationne un chroniqueur télé lui aussi condamné par la justice de son pays.

Enfin, on ne pourra pas dire que le FN va arriver au pouvoir en 2012, ses idées y sont déjà…