Comme pour beaucoup d’initiatives prises par le mari de Carlita et offertes au public, la police républicaine veillait au grain. Si la petite histoire ne nous dit pas si les figurants avaient été recrutés en fonction de leur taille maximale (la taille du Président ajoutée à la hauteur des talonnettes), un grain de sable venue du peuple a enrayé la mécanique communicationnelle présidentielle qui se veut bien huilée. En effet, cette année, pour « élargir » le public de plus en plus clairsemé lors de cette manifestation officielle (à ne pas confondre avec une vulgaire manif de base), le Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CPMHE) avait proposé d’inviter des associations généralement pas associées à ce genre de raout officiel. Mal lui en a pris.

En effet, certains mauvais esprits, vous savez, la fameuse « anti-France », se sont donc sentis concernés et se sont invités à la petite messe républicaine. Ces tristes sires, ces grognons perpétuels, ces râleurs invétérés, bref, ces moutons noirs, du Collectif Antinégrophobie ont cru bon de venir non seulement sans cravate ni costume de marque, mais avec de simples tee-shirts, quelle vulgarité, estampillés « Brigade Antinégrophobie ». Quelle outrecuidance ! La police qui veille sur l’ordre républicain, leur permet dans un premier temps d’assister à la manifestation s’ils enlèvent leurs tee-shirts. Désireux de ne pas faire un esclandre, ces militants obtempèrent mais, surprise, sont finalement expulsés et envoyés au frais dans un commissariat du cinquième arrondissement de la capitale.Un de ces militants explique : « On est restés dans le car pendant une heure sans savoir pourquoi. Puis un policier est rentré, a annoncé que la cérémonie était terminée et on a été libérés. Juridiquement, on n'était pas en garde à vue, aucun papier ne prouve notre détention. Légalement, on n'était nulle part. ».

La confusion gagne le CPMHE. Son secrétaire général, Frédéric Lazorthes soutient l’action policière : « C'est une cérémonie officielle à laquelle il fallait venir neutre et sans signe distinctif. Les consignes avaient été passées. Ce n'était pas le lieu, ni le moment. Tout le monde a respecté ça, sauf cette association ». Mais, un historien, membre lui aussi du CPMHE, François Durpaire, n’est pas d’accord : « Selon moi, il n'y avait pas de problème de neutralité. Je ne vois absolument pas comment on peut interdire des T-shirts sur l'antiracisme alors même que c'est l'objet de la cérémonie. Dans ce cas là, il fallait aussi interdire le discours du chef de l'Etat qui est sorti de sa neutralité en parlant d'antiracisme ». Pour enfoncer le clou, François Durpaire ajoute : « Il semble qu'on ait retenu les personnes en question sans qu'il y ait mise en garde à vue. Je m'interroge sur le cadre légal de cette démarche. »

Mais ce que ne dit pas l’historien, c’est que tout ceci se passe dans un contexte. Ainsi, deux chercheurs du CNRS ont-ils mesuré scientifiquement la fréquence des contrôles au faciès : un Noir risque 6,2 fois plus de se faire contrôler sur les lieux, un Arabe 7,7 fois, bien sûr par rapport à un Blanc. C’est le sens du combat actuel d’avocats mené par une cinquantaine d’avocats qui se penchent sur ces questions prioritaires de constitutionnalité. Avec une toge, mais sans tee-shirts.

Le mot de la fin à un grand misanthrope, Jean Yanne qui déclara un jour : « Si je suis raciste, c'est à cause de Rouget de Lisle, parce que moi, quand j'étais petit, à l'école on m'a appris que les saloperies d'étrangers qui venaient dans nos banlieues il fallait les égorger et arroser nos sillons de sang impur ! »

Allez citoyens ! Marchons ! Marchons !