Si comme le dit le quotidien italien La Repubblica on assiste à « l'épilogue d'un feuilleton du type Twilight, où les personnages sont jeunes, beaux, impénétrables, innocents et coupables à la fois, mais jamais condamnables, car il faut une suite à la série », on remarquera que le dénommé Rudy Guédé n’a pas eu la même chance que le couple Amanda – Raffaelle. En effet, il a été condamné à seize ans de prison dans un procès séparé pour « avoir tenu les bras de la victime parce qu'elle refusait de participer à un jeu sexuel ».

Seulement, voilà : Rudy Guédé a un gros défaut dans l’Italie de Berlusconi, mais cela pourrait être ailleurs : il est Ivoirien. Si la jeune Amanda a pu retrouver son pays d’origine, grâce notamment au travail de fourmi de ses avocats et à quelques appuis médiatiques, le jeune Rudy, lui, n’a rien pu voir venir de tel. On retiendra déjà que pour le même meurtre, la justice italienne a dans cette affaire jugé séparément noir et blancs. Mieux, ou pire, c’est selon, on constate que les verdicts ne sont pas les mêmes. La Repubblica ne croit pas si bien faire en évoquant les séries télévisées made in USA, voire la vraie vie où les Noirs meurent toujours en premier ou bien sont exécutés malgré les accusations partiales et partielles.

Ce quotidien respectable de la botte (italienne et géographique, il ne s’agit pas de l’affaire DSK), enfonce d’ailleurs le clou en écrivant « Amanda est innocente. Donc l'Amérique est innocente. L'Amérique poursuit en justice, mais ne tolère pas d'être poursuivie ». La Repubblica ne croit pas si bien dire. Essayons de remplacer Amanda par Rudy, la citation deviendrait donc : « Rudy est innocent. Donc la Côte d’Ivoire est innocente. La Côte d’Ivoire poursuit en justice, mais ne tolère pas d'être poursuivie ».Evidemment, cela devient beaucoup moins crédible, notamment au moment où les instances internationales se penchent sur les crimes commis pendant la guerre civile qui a fait rage au pays de Tiken Jah Fakoly et de Didier Drogba.

Amanda, malgré sa fragilité apparente, notamment lors de ses passages dans les prétoires a réussi à se faire disculper, ce qui justifie le mauvais jeu de mot dans le titre de ce billet : elle est forte Knox ! D’ailleurs, on sait que depuis la seconde guerre mondiale que l’Italie a eu pour les Etats-Unis les yeux de Chimène (pas Chimène Badi bien sûr, mais la Chimène de Corneille) et que la botte s’est longtemps abreuvée aux meilleurs sources américaines (de Lucky Luciano à la loge P2), et comme on dit à Rome, Naples ou Palerme : « vous reprendrez bien une lampée d’USA », alors qu’aux Ivoiriens, Nigerians, Ghanéens ou Somaliens qui tentent d’immigrer au pays de l’espresso et de la pizza, on leur dit : « vous restez à Lampedusa »…

Le mot de la fin à Emilio Reyneri, sociologue de l'université de Milan : « C’est le message négatif envers les immigrés qui passe ; que ce soit pour le comportement criminel des étrangers ou pour leur emploi au bas de l'échelle sociale. Au lieu de faire comprendre que l'immigration n'est pas un problème, que les immigrés ne finiront pas par partir, un jour, comme certains le pensent, les hommes politiques jettent de l'huile sur le feu ». Il ajoute d’ailleurs que « Le problème, c'est qu'ailleurs en Europe, il n'existe pas un parti comme la Ligue du Nord, farouchement anti-immigrés et incontournable dans la coalition gouvernementale ».

Proposons tout de même un tour d’Europe à Emilio afin de rencontrer le Front National, le British National Party, le Parti Libéral néerlandais, le Vlams Block, le Parti du Peuple Danois, le Parti Autrichien de la Liberté, et bien d’autres. Non, Emilio, l’Italie n’a (malheureusement ?) pas le monopole du racisme !

(Photo : de g. à d : Raffaelle Sollecito, Amanda Knox et Rudy Guédé)