Rwanda : enquête… de vérité
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 11 janvier 2012, 13:31 - Chroniques Primonde - Lien permanent

Il y aura bientôt 18 ans, un million de Rwandais qu’ils soient batusi, bahutu ou batwa, étaient tout bonnement éliminés par une idéologie génocidaire que l’on croyait à jamais disparue de la surface de la terre. Depuis, la recherche de la vérité a failli être sacrifiée sur l’autel de la raison ou de la déraison d’état…
Mais, comme le dit le proverbe rwandais, « la vérité passe à travers le feu mais ne se brûle pas ». En effet, il existe dans le monde un petit village d’irréductibles Gaulois, peuplé de politiques, de diplomates, de militaires, de juges à la retraite, d’éditorialistes, de journalistes, etc. qui résiste encore et toujours à l’expression de cette même vérité. Ce petit village possède une potion magique qui lui a permis depuis près de 18 ans d’endormir et d’enfumer l’opinion publique française. Cette potion, au goût amer, aura durant tout ce temps apporté des aigreurs d’estomac à celles et ceux qui restent attachés à des valeurs anachroniques comme l’honnêteté, la curiosité citoyenne… Car, la France est le seul pays occidental, voire du monde, où la remise en cause de la réalité du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 a été, et est encore, ne pêchons pas par excès d’optimisme, une spécialité locale.
Un juge, aujourd’hui à la retraite, Jean-Louis Bruguière, aidé de quelques faiseurs d’opinion, Pierre Péan en tête, s’est permis de remettre en cause la réalité de la dernière et plus grande catastrophe humaine de la fin du XXème siècle. Son arme ? La procédure judiciaire qu’il a soigneusement bâclée en la menant avec un double objectif : absoudre la France de ses péchés au pays des mille collines et faire porter le chapeau au président rwandais actuel et à son entourage. Soient une enquête au service de conclusions et non l’inverse…
Mais le juge Bruguière était un juge éminemment politique. Il s’occupait de « l’antiterrorisme ». Ce fut donc tout naturellement qu’il nappa de brouillard une histoire qui n’a pas fini d’être écrite. Lors de son enquête et dans les mois qui ont suivi, les tenants rwandais de l’idéologie génocidaire, appuyés par quelques éditeurs et dynamisés par Péan se sentirent pousser des ailes (de vautours plus que d’anges) afin de semer le doute dans l’opinion, de laver la France, ses politiques et ses militaires de toute tache de sang et d’emporter le morceau.
Il est donc symptomatique que ce soit un autre juge, Marc Trévidic, qui soit à l’origine, non pas du désaveu, le mot est faible, mais du dynamitage des conclusions de l’enquête du juge Brouillard, pardon Bruguière. Aujourd’hui, la justice française s’auto rétablit en présentant des résultats plus conformes à la réalité. Ainsi, Bruguière a bien enfumé son monde en concluant que les forces du FPR avaient abattu un avion depuis la colline de Kanombe sur laquelle on trouvait le palais présidentiel et voisine de l’aéroport de Kigali ! Cette colline était notoirement gardée non par les militaires de Forces Armées Rwandaises, mais par la Garde Présidentielle de l’époque… M. Bruguière avait par exemple choisi comme source le Colonel Bagosora de sinistre mémoire, « cerveau » avec des tas de guillemets du génocide, cousin de la veuve Habyarimana, condamné à la perpétuité par le Tribunal Pénal International à Arusha, pour obtenir ce qui devait être les numéros de série des missiles tirés contre l’avion présidentiel. Belle rigueur intellectuelle et même judiciaire !
Mais l’enquête du juge Trévidic, qui lui, s’est déplacé sur les lieux est formelle. Selon Le Monde : « les missiles qui ont détruit l'appareil du président Habyarimana auraient été tirés du camp de Kanombe, tenu par les loyalistes hutus, et non par des Tutsis. Pour arriver à ces conclusions, le juge Trévidic s'est rendu sur place fin 2010, accompagné d'experts, spécialistes notamment des tirs de missile. Une initiative que n'avait pas prise le juge Bruguière. »
Nous serons d’accord à un mot près : les auteurs (moraux si j’ose dire) de l’attentat ne sont pas des loyalistes. Cet attentat qui a coûté la vie à deux présidents (rwandais et burundais) a donné le signal du début du génocide. Les premières victimes n’ont pas été des Tutsi, mais des Hutu comme Agathe Uwilingiyimana, premier ministre issue de l’opposition, le président de la cour suprême et d’autres politiques, hutu et loyalistes. Si les « loyalistes » du Monde ont abattu le président et enclenché un génocide soigneusement préparé, comment les qualifier ?
Le mot de la fin aux Rwandais avec le proverbe suivant : « Tout ce qui excite la curiosité est caché ».
Ce n’était pas le cas en France. Le secret était bien gardé, mais pour la curiosité, on repassera…

