En effet, l’OIF, est une organisation dont l’objectif de départ, enfin, l’objectif public, était la défense de la langue française et la promotion des cultures des pays francophones, en recul dans un monde de plus en plus globalisé, une simple « agence de coopération culturelle et technique ». Si cet objectif n’est en soi pas condamnable, nous constatons sommet après sommet une confusion des genres. Les bien belles images diffusées par les médias ressemblent fort à celle d’un sommet d’un autre genre, autre rituel de la France à l’étranger : les sommets Afrique-France voire France-Afrique.

De mauvais esprits, forcément chagrins, ont regretté voire condamné la présence de François Hollande aux côtés de son homologue beaucoup plus congolais que démocrate en raison des fraudes avérées (c’est un euphémisme) qui ont entaché son élection en 2011 et de la 1ère Guerre Mondiale Africaine qui ont fait quelques millions de victimes sur un territoire dont le sous-sol est un véritable scandale géologique : or, diamants, minerais divers et surtout rares… Certains ont même parlé de « Françoifrique » à cette occasion !

Pourtant le François en question n’avait pas ménagé ses efforts pour nous persuader de la justesse de sa présence. Comme annoncé plusieurs semaines avant le sommet, nous allions voir ce que nous allions voir : Hollande allait donner une leçon de démocratie au rejeton Kabila, allait rencontrer les opposants historiques comme Tchissekedi et surtout, allait sonner au préalable la fin de la Françafrique dans un discours lors d’une halte au Sénégal, discours qui allait effacer des tablettes le fameux et fumeux « discours de Dakar » prononcé par Sarkozy sur des paroles de Guaino en juillet 2007.

Certes, l’occupant de l’Elysée a bien délivré son discours au parlement sénégalais. « Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l'Afrique, il y a le partenariat entre la France et l'Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité » a-t-il expliqué. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et des paroles aux actes, il y a un fossé, voire un gouffre. Se rendre au Sénégal comme destination annexe pour noyer le poisson congolais dans l’eau du marigot a à peine failli se voir. Les visiteurs africains de Élysée sous le mandat Hollande ressemblent étrangement à ceux d’avant le changement : Ouattara, Bongo, Issoufou, Compaoré… La réduction de la dette ivoirienne annoncée dernièrement ira plus dans les poches déjà pleines des dirigeants des grandes entreprises françaises que dans celles plutôt vides de la population ivoirienne. On a d’ailleurs célébré les 40 ans du Franc CFA à Paris le 5 octobre dernier, vestige monétaire de la colonisation…

Il ne suffit pas de décréter la fin de la Françafrique pour qu’elle soit réelle. Les prédécesseurs du père François de la nation nous on déjà servi ce plat, aujourd’hui il fait plutôt réchauffé. Au-delà des mots, les actes sont et seront le véritable baromètre de la relation occulte qui lie la France à l’Afrique ou plutôt qui lie les mains d’une partie de l’Afrique au profit de la France. Ceux de François Hollande et de son gouvernement seront mesurés à la fin du mandat.

Le mot de la fin à Fabrice Tarrit, président de l’association Survie : « En langue de bois (…) dictateur se dit chef d’Etat élu au terme d’un scrutin entaché de quelques irrégularités, se compromettre avec des régimes corrompus et répressifs se défend par la volonté de ne pas pratiquer la politique de la chaise vide. (…) En langue de bois diplomatique, il est certes plus convenable de dire Francophonie que Françafrique. »

Du bois d’ébène, évidemment…

Retrouvez les Billets Primonde sur le site de Radio HDR.