Une peine de prison à vie étant réservée à l’homosexualité dite « simple », la peine de mort, elle, étant réservée à l’homosexualité dite « aggravée », il convient de distinguer les deux cas. Ainsi, pour ce qui est de la « simple », tout « contrevenant » ayant des rapports sexuels ou seulement une « relation amoureuse » risquerait donc, si la loi était votée de finir sa vie en croupissant dans les geôles de Luzira Prison, Kampala ou ailleurs.

L’homosexualité dite « aggravée » consisterait en la même chose, finalement, mais par des personnes particulièrement ciblées : personne représentant l’autorité, atteinte du virus du Sida, toxicomane, ou… récidiviste. La dernière catégorie semblant caduque puisque, si cette loi est votée par le parlement, en raison de la peine de prison à vie, il ne peut y avoir de récidiviste, du moins hors les murs de la prison. Mais surtout, les instigateurs de la loi semblent se baser sur une catastrophe sanitaire qui a ravagé le pays dans les années 80, la grande pandémie du Sida. D’où les catégories de personnes atteinte du virus ou de toxicomane. Pourtant, depuis les années 80, la connaissance du virus et de ses modes de propagations a évolué…

Ceci est donc le fruit de trois ans de réflexions intenses, certainement intenses, menées par un député, David Bahati, pour un projet, nous dit élégamment le Nouvel Obs, « introduit » par... lui-même. A la première tentative de ce parlementaire, en 2010, la Grande-Bretagne, le Canada avaient menacé de suspendre leur aide à l’Ouganda. Obama, lui, avait qualifié ce projet d’ « odieux ». Mais le député David Bahati a la tête dure et semble depuis avoir engrangé les soutiens jusqu’au sommet de l’Etat.

Le mois dernier, la présidente du parlement, Mme Rebecca Kadaga, a exprimé au Québec son soutien le plus total au projet de loi en annonçant la reprogrammation du texte à l’ordre du jour du parlement. A son retour, une foule nombreuse l’attendait à l’aéroport d’Entebbe, non pour la vilipender, mais pour l’accueillir en héros ou dans ce cas en héroïne.

Car, même si l’Ouganda possède une croissance économique que beaucoup de pays envient, le peuple, lui, subit encore et toujours les effets de la pauvreté ou plus simplement de la dureté de la vie. Côté démocratie, le système étant bloqué par le chef de l’état, Yoweri Museveni, qui semble bien parti pour rester président… à vie, les frustrations de la population semblent la cause de la recherche de boucs-émissaires, population étant elle-même bien cornaquée par les nombreuses églises d’obédiences protestantes, soutiens de la première heure du député Bahati.

Enfin, le pouvoir utilise de la peinture rose pour asperger les opposants lors de manifestation et les arrêter les jours suivants. Le pouvoir prendrait-il les opposants au mot ?

Pour l’heure, peu d’associations des droits de la personne ou même des droits des LGTB se sont mobilisées. Les plus actifs sont les Anonymous, hackers de haute volée, qui ont déjà attaqué au mois d’août plusieurs sites gouvernementaux et qui ont menacé de réitérer à une plus grande échelle leurs attaques.

Le mot de la fin à la journaliste Catherine Bézard : « Qu'est-ce qui vaut mieux être, noir ou homosexuel ? C'est mieux d'être noir, parce qu'on n'a pas besoin de le dire à ses parents... »

Surtout en Ouganda, Madame Bézard, Surtout en Ouganda…