Certes, les éléments présentés par le gouvernement et l’armée et complaisamment relayées par nos médias et nos élus de tout poil auraient plutôt tendance à nous présenter l’événement comme inévitable et salutaire. Bien sûr, qui peut se satisfaire de la domination de groupes armés aux motivations diverses et aux méthodes brutales, c’est un euphémisme, sur des populations qui n’ont rien demandé et qui subissent les illuminations d’hurluberlus bien souvent autant d’importation que leur idéologie, si j’ose dire, aux antipodes du concept des Droits de l’Homme. Quant à ceux de la femme, n‘en parlons même pas…

C’est donc en jouant sur du velours que le gouvernement français a décidé de cette aventure malienne sans bien sûr demander son avis au parlement qui, de toute façon, aurait approuvé en bombant le torse, le petit doigt sur la couture du pantalon. Tout juste si presque tous nos députés et sénateurs auraient entonné Le Chant du Départ. Mais cela reste dans l’ordre du détail, de l’épiphénomène, habitués que nous sommes à voir depuis plus de cinquante ans l’Elysée et son occupant quel qu’il soit décider en notre nom des interventions militaires en Afrique. Certes, on nous offre le rêve de l’éternelle grandeur de la France et on ne parle plus des problèmes du quotidien. Mais à malien, malien et demi…

Nonobstant la presque unanimité belliqueuse de nos habitués du petit écran, il conviendrait plutôt de se demander comment on a pu en arriver à cette situation inextricable. Et si la situation actuelle n’était que le produit de choix effectués par nos chers leaders depuis plusieurs décennies ? En effet, les intégrismes de toutes obédiences prospèrent sur le terreau de la misère comme pourrait le dire un sociologue jardinier. Qu’a fait la France en Afrique depuis un demi-siècle de soi-disant indépendance, si ce n’est faire prospérer justement le terreau sur lequel pousse les plus mauvaises herbes ? Régimes corrompus ou fragilisés, dirigeants cooptés, développement erratique, armées omniprésentes dans les organigrammes nationaux même si celles-ci savent mieux rançonner la population que la protéger des attaques extérieures, systèmes politiques calqués sur notre cinquième république, pression des organes comme le FMI ou la Banque mondiale, et j’en passe, le tout avec la bénédiction des chefs d’état de l’ancienne métropole colonisatrice.

Le cas malien est exemplaire. L’armée malienne, dont on peut dire sans prendre de risques (enfin j’espère) qu’elle a été constituée selon le modèle et les méthodes français n’a pas su contenir d’abord les forces du MNLA et ensuite les groupes AQMI, Ansar Edine ou encore les scories de Boko Haram. Par contre, cette armée s’est arrogé le droit de détruire un régime qui avait néanmoins su ne pas plier aussi vite que d’autre sous les pressions et diktats divers venant de Paris. Et voilà le résultat. Le capitaine Sanogo, qui n’a pas l’air très malien, pardon malin, illustre à lui tout seul le problème de ces officiers dont la formation par des cadres hexagonaux ne semble pas avoir développé les facultés sur le plan de l’analyse.

Certes, la population semble soulagée d’avoir vu arriver nos avions en rafale dans le ciel malien. Nos troupes commencent à débarquer de nos porte-avions terrestres à savoir nos bases militaires au Tchad, en Centrafrique, au Gabon ou ailleurs. Le sud du Mali voit plutôt d’un bon œil cette intervention et ils ne sont d’ailleurs pas les seuls sur le continent. Alors, fallait-il y aller ou non ? Cette décision faite, nous a-t-on martelé, dans l’urgence alors que la situation se tend depuis des mois au nord du pays, ne servira à rien si elle n’est pas suivi de décisions politiques qui seules pourraient changer l’état dans lequel le Mali et bien d’autres se trouvent. Difficile d’être optimiste. Depuis un demi-siècle, la France n’a toujours pas réalisé ce que voulaient dire les mots indépendance, souveraineté, coopération, développement… alors, dans l’urgence, on peut rester sceptique.

Le mot de la fin à Dominique Marie François René Villezeau de Galopin, pardon, Galouzeau de Villepin, on s’y perd, serial looser qui n’a brillé qu’une seule fois, mais à l’ONU contre la guerre en Irak et qui a avec quelques autres cassé le consensus : « Ne cédons pas au réflexe de la guerre pour la guerre. L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme" m’inquiètent ».

Mais nous aussi, Dominique Marie François René, nous aussi…