Malgré les images en provenance du pays que l’on ne peut qualifier du matin calme ni même de l’après-midi serein ou de la soirée tranquille, les deux diplomaties qui avaient su s’entendre pour déloger Kadhafi s’entendent à nouveau pour confirmer l’information sortie par les reporters du quotidien Le Monde comme quoi les forces de l’ordre syriennes utilisaient du gaz sarin contre les forces du désordre. Ainsi, pour le journal, « le régime de Bachar Al-Assad a eu recours, lors d'attaques contre l'opposition armée et la population dans laquelle celle-ci se fond, à des gaz toxiques contenant du sarin, puissant neurotoxique ».

Lolo Fabius lui-même, en personne, a confirmé l’information « La France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée ». La Grande-Bretagne a même confirmé la confirmation : « Nous avons obtenu des échantillons physiologiques de Syrie qui ont été testés (…), les substances obtenues en Syrie ont révélé la présence de gaz sarin » a déclaré sobrement le porte-parole du gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté, qui a ajouté : « Selon nos estimations, l'utilisation d'armes chimiques en Syrie est très probablement du fait du régime » de Damas.

Mais quant à savoir si une intervention militaire du type tapis de bombe était à l’ordre du jour pour détruire les lieux de stockage, ce qui provoquerait certainement quelques dommages collatéraux comme des explosions dans des lieux habités par des civils ou des fuites de gaz toxiques, la réponse de notre diplomate en chef est claire : « nous n’en sommes pas là ». Car il est plus urgent selon lui de se concentrer sur la recherche de la paix : « Nous ne voulons pas l'impunité, mais il ne faut pas bloquer la conférence de paix de Genève ». Pendant que les diplomates diplomatisent en marchant sur des œufs avec la Russie, les fondamentalistes se battent aux côtés de opposants et pourraient bien se placer pour un éventuel après-Bachar.

Surtout pas ! Mais ces propos semblent tout de même étranges et contradictoires. Enfin, comme le dit Le Monde, « on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas ». Donc on sait et on sait que ça gaze fort pour les Syriens. En attendant que les forces de répression arrêtent de lâcher les gaz, on regard de loin, on compte les morts et on attend la conférence de paix dans un coin tranquille au bord du lac Léman, à l’ombre des banques suisses. En attendant, l’ONU qui a été saisie prend ses plus belles pincettes et son langage le plus diplomatique pour annoncer que dans cette histoire, « il y a des motifs raisonnables de penser que des quantités limitées de produits chimiques ont été utilisées ». Opposants à Bachar el Assad, soyez aussi modérés et raisonnables que l’ONU car, somme toute, ce ne seraient que des quantités limitées.

Le mot de la fin à Paul Emile Victor, grand voyageur et spécialiste des températures extrêmes qui n’était pas tiède lorsqu’il s’agissait de dénoncer les atteintes aux droits humains : « La répression est à la dictature, ce que la propagande est à la démocratie. »

Et j’ajouterai même, la modération à la diplomatie…