C’est donc sans suspense que notre petit mitron, Jean-François Copé à reçu le prix « Territoires perdus de la République » pour son inoubliable saillie boulangère du 5 octobre 2012 que l’on rappellera ici : « Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes pères et mères de famille rentrant du travail le soir apprenant que leurs fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui explique qu’on ne mange pas pendant le ramadan ». Mais si l’inénarrable maire de Meaux et président mal élu de l’UMP a les dents longues, il a laissé quelques miettes aux autres compétiteurs.

Par exemple, un obscur député du même parti a réussi à se faire un nom en expliquant au bon peuple que nous sommes après le titre du PSG que : « Les casseurs sont sûrement des descendants d’esclaves, ils ont des excuses, Taubira va leur donner des compensations ». Ce sympathique Jean-Sébastien Vialatte a reçu le prix « Au bon vieux temps des colonies ». Plus étonnant, Elisabeth Badinter, femme d’affaires et épouse de l’ancien ministre de la justice a reçu le prix « Racisme à peine voilé » pour cette inoubliable analyse : « D’un côté, on commémore les victimes de Mohamed Merah et veut combattre l’islamisme radical et de l’autre on laisse faire l’entrisme de ces islamistes dans des crèches de quartier. Il faut absolument réagir très vite ». Question, se fait-on arracher son pain au chocolat par les employées de crèches voilées (les employées, pas les crèches !) ?

Dans un registre encore plus people, un certain Franck Tanguy, chroniqueur radio à RMC, la station ou la finesse règne, que je ne connais pas mais qui ne gagne pas à être connu, a obtenu le prix « Retourne chez ta mère » pour ces propos : « Très franchement, quand je vois un barbu en djellaba qui traverse au feu rouge, j’ai envie d’accélérer ». La gendarmette de choc de TF1 et éphémère candidate UMP à un poste de député de l’étranger Véronique Genest a reçu un prix aussi prestigieux qu’un Sept d’or, à savoir le prix « Super Patriote » pour deux magnifiques sentences comme : « J’ai dit que je trouvais l’islam dangereux pour notre démocratie et qu’il nous le prouvait tous les jours. » ou encore « Alors tout de suite : ‘Islamophobe ! Raciste !’, alors moi j’ai réfléchi. J’ai réfléchi et je me suis dit : « Islamophobe. Islamophobe ça veut dire c’est la phobie c’est la peur. C’est bien ça ? Alors effectivement peut être je suis islamophobe. Ce soir je fais mon coming out : oui probablement que je suis, comme beaucoup de français, islamophobe ». Magnifique, vous dis-je, on sent l’artiste et l’actrice pointer derrière la profondeur de ces propos.

Mais la vedette de la cérémonie a été une autre femme, qui, si elle est journaliste et pas photographe, nous abreuve de clichés tous plus subtils les uns que les autres. Il s’agit de la journaliste Elisabeth Levy qui nous a expliqué par exemple que « Quiconque a déjà voyagé dans une rame entouré de gens vêtus de boubous ou de djellabas devrait avoir l’honnêteté de partager ce constat. Il est évidemment permis − voire vivement conseillé − d’apprécier bruyamment cet exotisme à domicile ». Cette prolifique productrice de vérités a donc reçu un prix « Pour l’ensemble de son œuvre ». On ne résistera pas à lui laisser le mot de la fin : « Croit-il vraiment que des gamins et moins gamins qui ne peuvent prononcer une phrase entière sans dire « nique », « ta race », « chien » et bien d’autres gracieusetés encore et qui annoncent tous les deux paragraphes qu’ils vont « tuer un bâtard » sont si sensibles au beau langage qu’ils n’ont pas supporté la « racaille » et le « kärcher » et qu’animés par une légitime révolte devant de tels écarts, ils ont brûlé les voitures de leurs parents et l’école maternelle de leurs petits frères ? ».

Car chacun sait que leurs petites sœurs sont voilées et ne vont pas à l’école…