Commençons par la droite de la droite, c'est-à-dire l’extrême-droite, par la dirigeante d’un parti qualifié il n’y a pas si longtemps par la jurisprudence de notre Justice de « xénophobe » et de « raciste ». Donc, madame Le Pen fille nous annonce qu’elle saisira la Justice contre toute personne qualifiant son parti « d’extrême-droite ». Cette avocate de formation qui multiplie les procédures ne veut pas assumer médiatiquement l’héritage paternel. La dédiabolisatrice en chef tente de refaire une virginité à un parti formé par des anciens collabos, des ex OAS, des fascistes patentés, j’en passe et des pires. Il est vrai que les médias et les politiques qui ont su la placer au centre de la vie politique s’alignent tous sur la ligne droite, et même d’extrême-droite, qui pollue les discours des uns et des autres, de Copé et ses pains au chocolat à Vals et ses saillies contre les Roms.

Respirons maintenant avec Nadine Morano. La passionaria sarkoziste a porté plainte contre Guy Bedos qui a eu l’outrecuidance de la qualifier de « conne » voire même de « salope » lors d’une représentation de son spectacle dans la bonne ville de Toul (Meurthe et Moselle), ville qui a eu la sagesse de ne pas réélire Madame Morano comme députée. Certes, l’humoriste vieillissant utilise un langage fleuri, et n’hésite pas à dézinguer qui ne lui plaît pas, à l’instar de notre chère Nadine, dont les pointes d’ironie n’ont rien à envier à celles de Bedos. Sauf que Bedos est un artiste qui se produit sur scène alors que Nadine M., de Toul, donc, est élue de la République.

Car si Bedos ne pas fait pas toujours dans la dentelle comme celle qui se déclarait « sarkoziste jusqu’ ‘au bout des globules », il le fait pour faire rire ses spectateurs bobos, forcément bobos, et c’est sa profession, son fonds de commerce, alors que l’ancienne ministre le fait pour retrouver les allées du pouvoir. Notre Nadine, qui possède certainement une poutre dans son œil avisé, n’a rien à envier à notre Guy lorsqu’elle attaque par exemple Eva Joly et Ségolène Royal sur leur physique : « Le problème d'image d'Eva Joly ne vient pas que de son accent, c'est aussi physique. On sent du coup qu'il n'y pas de communicant derrière. Contrairement à Ségolène Royal, qui en 2007 est allée jusqu'à la médecine esthétique et la correction dentaire ». Classe.

Nadine devrait carrément monter un spectacle qui pourrait passer en première partie de Bigard ou de Jean Roucas tant elle a le sens de la petite phrase. Ainsi n’a-t-elle pas déclaré au Nadine Comedy Club, avec son inimitable syntaxe l’inénarrable : « Me faire passer pour quelqu'un par exemple qui serait raciste, alors que j'ai des amis qui sont justement arabes, et dont ma meilleure amie qui est tchadienne, donc plus noire qu'une arabe, je trouve ça choquant », ou par exemple « Le vol des portables à l'arraché, ça n'existait pas avant que les portables n'existent, voyez... » ou même l’inoubliable « La pizza, je l'aime plutôt Regina, et pas orientale. En revanche, j'adore le couscous, et les bricks à l'œuf » ou encore l’inimitable « Vous regrettez Sarkozy... vous regretterez Carla aussi ! ». Sa plainte contre Bedos ne serait-elle donc que l’expression d’une jalousie d’une vocation ratée d’humoriste ?

Mais tout n’est pas si rose dans le monde enchanté de Nadine. Certaines de ses envolées lyriques ont un côté obscur inquiétant. Comment interpréter cette sortie de l’artiste : « Tout comme les gens vont aux urgences pour de la "bobologie", il ne faut pas aller à la gendarmerie quand on est capable de résoudre le problème soi-même » ?

Aux armes, citoyens, formez vos bataillons, et comme disaient les Beurs en 1983, marchons, marchons…