Il y a quelques jours, percevant quelques relents à la fois déliquescents et nauséabonds au sortir de mon domicile, je vins à me demander si les récents travaux sur le réseau d’adduction d’eau avaient pu laisser quelques séquelles. Chassant vite de mon esprit cette éventualité, je me posai assez naturellement l’interrogation suivante : les détestables scories odorantes émanant du fond de l’air ne reflétaient-elles pas en Odorama le climat moral de notre époque ? Les bouches d’égout ouvertes dans notre démocratie commençaient vraiment à empester, empuantir et dénaturer l’atmosphère. A en anéantir la raison collective et individuelle.

La nausée est là. Tous les jours au journal de 13 heures, de 20 heures, 24/24 et 7/7 sur les chaînes d’info continue, sur le web, la bonne parole est distribuée, l’évangile selon saint-adolf, le gospel version ku klux klan, le bréviaire de la marine nationale, le proctologue des sages du fion, l’essai sur l’iniquité des crasses, la métamorphose des cloportes, bref l’ascenseur pour les fachos.

Après les Roms, les Arabes, les Musulmans, les footballeurs de l’équipe de France, les chômeurs, les gays et lesbiennes, ou dans la vulgate fasciste, rétrospectivement les pédés, les gouines, les profiteurs, les bleus, les salafistes, les bicots et les romanos, voici venu le temps des nègres. Et pas à la manière d’Aimé Césaire. Retour à la case départ, au bon vieux temps des colonies, et même de la traite négrière.

La Ministre de la Justice est la cible la plus visible, mais le véritable objectif est d’anéantir l’intelligence. Sus à l’humanisme, et mort aux autres, à toutes celles et ceux qui sont différents. Dans certains milieux, la décérébration commence tôt, à savoir jeune. Des hordes d’enfants armés de bananes chantent des cantiques à la gloire de Gobineau, des flots d’adultes envahissent les rues de Paris en loden et gabardine pour rallumer les bûchers, refaire la Saint-Barthélemy, des milices se reforment, on se prépare à nouveau à écrire à la kommandantur pour dénoncer ses voisins, mais cette fois sur facebook ou en moins de 140 caractères.

Les nostalgiques des périodes sombres de l’histoire, de l’esclavage ou des guerres coloniales, de la collaboration ou de l’oas nous polluent l’atmosphère, et tels des hordes de hyènes se jettent sur les proies isolées ou vulnérables pour les dépecer et jeter les morceaux en pâture au populo ébahi par tant de haine. En ce moment, c’est la Revue Noire, et au milieu de tout çà, une femme reste debout, digne, humaine.

Christiane Taubira est aujourd’hui la vraie Marianne. Une femme et une icône fière, libre, résolue, universelle, se battant pour l’idéal et les valeurs de notre république laïque et sociale. Elle incarne ce qui nous empêche de sombrer dans la barbarie, elle est le rempart contre ce que l’on nous enfonce dans le crâne à longueur d’antenne sur BFN, sur idiot-télé ou sur France Intox, contre l’encre qui rend les mains sales, celle des torchons d’extrême-droite ou d’ailleurs qui pratiquent le bouc-émissaire business.

Et quant à celles et ceux qui adorent ravaler l’autre au rang de bête, rappelons-leur cette pensée de Desproges : « Torture : nom commun féminin, mais ce n'est pas de ma faute. Bien plus que le costume trois pièces ou la pince à vélo, c'est la pratique de la torture qui permet de distinguer à coup sûr l'homme de la bête ».

Quant à moi, je retourne à mes humanités.