Outre le fait que ces deux corporations adorent s’écouter parler, elles possèdent sur certaines chaînes d’info continue des espaces de paroles vertigineusement longs et vides. Si dans les deux disciplines, la critique est facile et l’art difficile, on remarquera que bien souvent ces commentateurs sont des joueurs ou des politiques ratés et donc ont tendance à égratigner, et je pèse mes mots, celles et ceux à la place desquels ils voudraient être.

On pourrait gloser longtemps sur les péroraisons de ces verbeux sans verbe ou de ces penseurs sans pensée qui ont micro ouvert comme d’autres ont table ouverte et, tout en s’écoutant parler n’écoutent finalement pas ce qu’ils disent eux-mêmes, tant les contre-vérités, les erreurs factuelles et même les contradictions sont monnaie courante.

C’est donc tout naturellement que l’on peut entendre des propos, par exemple dans la bouche d’un journaleux qui se prévaut d’être d’origine algérienne pour revendiquer le droit de nous asséner un : « l’équipe de France, tu l’aimes ou tu la quittes », ce qui dans sa bouche s’adresse bien sûr aux joueurs, et notamment à ceux qui ne hurlent pas la Marseillaise au début des matches, nonobstant les fausses notes ou autres couacs.

Certes, ils peuvent rétorquer que les politiques ou les joueurs de foot disent aussi des conneries, mais eux, au moins courent sur le terrain ou dans les allées du pouvoir à défaut de disserter de longues heures en nous en apprenant finalement plus sur eux-mêmes, ce qui bien souvent, voire toujours, ne présente absolument aucun intérêt.

On remarquera que les atmosphères dégagés par ces parleurs possèdent des relents putrides si ce n’est nauséabonds, où les origines soi-disant ethniques ou sociales des fauteurs de trouble, des cailloux dans la chaussure, des retours de manivelle, des chantres de l’anti-France, des « caïds immatures », des profiteurs du système, sont pointés du doigt. Comme la demi-mesure n’existe pas chez les péroreurs professionnels, les joueurs, hués, vilipendés voire même crucifiés sur l’autel d’une certaine forme de pureté au mieux rétrograde, au pire réactionnaire avant la victoire, ils seront vantés, loués ou encensés après avec la même ferveur.

Ainsi, les blacks et les beurs de l’équipe de France sont-ils soudainement redevenus français à la faveur du 3-0 qui leur permet d’aller l’an prochain au Brésil participer à la fameuse coupe du monde. Leurs complices blancs dont les origines sociales sont régulièrement épinglées à cause d’une prosodie hésitante ou d’une syntaxe défaillante, devraient également par effet rebond redevenir de bon petits gars courageux grâce aux contradicteurs, terme qui peut s’écrire en deux mots, qui transpirent sous les spots des studios télés.

Le mot de la fin à Jérôme Latta des Cahiers du Football qui a bien observé le milieu des consultants et autres journalistes sportifs et ne parle pas pour ne rien dire : « Ils hisseront de nouveau leur séant rougi de cette nouvelle fessée, après toutes celles déjà subies, sur les tabourets des émissions de télé, avec la conscience à peine troublée des imposteurs, poussant l'absence de vergogne jusqu'à dire que c'est un peu grâce à eux: leurs têtes ont à peine changé depuis quinze ans, leurs arguments pas du tout. Et pour la énième fois, ils ont enregistré une défaite avec une victoire des Bleus ».

Et oui, Jérôme, une victoire de bleus blacks, blancs et beurs.