Evidemment, cette histoire a soulevé un tollé dans le pays et a rappelé des souvenirs douloureux et pas si lointains aux israëliens d’origine éthiopienne. Il y a seize ans, après que fut révélé que les dons du sang effectués par les juifs éthiopiens étaient tout simplement jetés, avait eu lieu une grande manifestation de la communauté éthiopienne d’Israël. Selon la députée Pnina Tamano-Shata, « Depuis cette époque où j'ai moi-même manifesté, rien n'a changé ».

Aujourd’hui, les médias israéliens expliquent que le Ministère de la santé estime que le sang des juifs d’origine éthiopienne qui ne sont pas nés en Israël serait porteur de maladies dont, en particulier et of course, le sida. Pnina Tamano-Shata ne décolère pas et dénonce « cet affront fait à toute une communauté en raison de la couleur de sa peau ».

Cette femme qui se bat contre ce qu’il convient bien d’appeler une discrimination flagrante nous explique : « J'ai 32 ans, je suis arrivée à l'âge de trois ans en Israël, j'ai effectué mon service militaire et j'ai deux enfants, il n'y aucune raison de me traiter de la sorte ». Il est donc plus facile, au pays de Netanyahu, de gonfler les effectifs de l’armée que de donner son sang si on est d’origine éthiopienne, c'est-à-dire noir(e).

Certes, on me dira que si l’on est tué en opération lorsque l’on fait son service militaire, c’est déjà une certaine façon de donner son sang, mais gageons que celle-ci est moins volontaire qu’un don du sang, volontaire, justement.

Mais si l’on croyait avoir atteint des sommets d’hypocrisie, la chute finale de cette histoire vaut son pesant de globules rouges, ou bancs, peu importe. En effet, après le tollé, l’organisation mise en cause, Magen David Adom, est prête à faire une concession : accepter le sang de la députée, mais pour le congeler et donc pour ne pas l’utiliser. CQFD.

Pour ne pas être en reste avec l’hypocrisie ambiante et générale, le premier ministre, Netanyahu, dont on a peine à croire que son gouvernement ne se satisfasse pas des règles en vigueur du Ministère de la santé concernant le don du sang en Israël, aurait appelé directement la députée centriste pour lui faire part de son « admiration ». Il est vrai que dans un pays où la politique se fait en agrégeant des catégories restreintes de la population pour atteindre la majorité, chaque voix compte, et même chaque voix d’origine éthiopienne. Netanyahu n’est donc pas allé rendre hommage à Mandela pour mieux s’occuper des minorités opprimées dans son pays.

Le mot de la fin à l’historien à l’historien américain George M Fredrickson qui s’y connaissait encore mieux en histoire qu’en sang : « D'un point de vue comparatif, il est intéressant de noter, cependant, que la définition nazie du Juif ne fut jamais aussi rigoureuse que la « règle de l'unique goutte de sang » (one-drop rule) qui, dans le sud des Etats-Unis, déterminait la classification des Noirs dans les lois sur la pureté de la race ».

Et vive l’amitié américano-israélienne…