Être président d'une radio associative, ça prend du temps. Je n'ai plus la possibilité de participer à l'émission Primonde, réalisée par Chérif Kane. Mais, pour la fête HDR dont le retour a eu lieu vendredi 17 janvier, j'ai repris le stylo (en fait le clavier). Première chronique depuis mars dernier... Les instants que nous vivons valaient au moins un petit mot sur les temps qui courent.

Merci encore à toutes celles et ceux qui ont permis à cette fête d'avoir lieu, des musiciens aux bénévoles, de nos amis du 106 au public venu massivement, des salariés de la radio aux auditeurs et amis de Radio HDR...

Voici le texte de cette chronique "hors série".

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Il y a quelques semaines, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir dire à la Fête HDR. Il y avait tant de trucs à dire finalement, sur la radio, sur notre vie associative, les difficultés que nous rencontrons, nos espoirs, nos réussites aussi. Bon, je pensais articuler çà autour du thème, bonne année, bonne santé, tout çà… Peinard. Et puis, le séisme…

Et pas un tsunami au-delà des océans, un tremblement de terre à l’autre bout du monde, non. Un attentat sur trois jours. Dix-sept victimes. Frédéric, Franck, Jean, Elsa, Stéphane, Philippe, Bernard, un second Philippe, Ahmed, Michel, Mustapha, un autre Bernard, Georges, Clarissa, encore un Philippe, Yoann, Yoav. Mais aussi un attentat contre beaucoup d’autres choses, dont ce qu’on appelle généralement « diversité ». « vivre ensemble ». Nous, à HDR, on appelle ça « Le Mix des Cultures ». Ca swingue un peu plus, Ca sonne funky. En écoutant bien, on ressent même le groove. Bref, on est un peu plus sexy ! Mais revenons à ce qui nous préoccupe, dans tous les sens du terme.

Bon, je n’ai cité que les prénoms. Car avec les noms, les lieux de naissance, c’est encore plus varié, divers, arc en ciel comme on dit dans la langue de Mandela. Et je vous dis pas avec les photos, pour une chronique radio, c’est pas évident. Et puis, comment ne pas avoir vu le retour de la France Black Blanc Beur au regard des trois victimes parmi les forces de l’ordre ? Drôle de symbole. Toutes ces victimes qui étaient au boulot, faisaient leurs courses, taillaient leur crayon, qui se grattaient l’oreille, se curaient le nez, nous ressemblent, à moins que ce ne soit l’inverse.

Jeudi dernier, on a été quelques-uns à débattre en direct sur le 99.1 sur ce qui s’était passé, ce qui se passait et ce qui allait se passer. Il y avait des invités, et puis il y avait Malik, Sonia, Jalil, Nicolas, Elvire, notre Dr Mansour, Caro, Esther, Moïse, celui qui nous mena à l’antenne promise, et Manu qui est venu faire son petit coucou. Et j’en oublie certainement, qu’ils me pardonnent. Et puis on pensait aussi à ceux qu’on aurait aimé avoir avec nous dans le studio, dans la limite des places disponibles pour continuer à respirer. On était bien ensemble dans notre stupeur, notre colère, notre tristesse, dans notre unité et notre diversité, notre espoir aussi. On se serrait les coudes, se disputait le micro. On a même débordé sur l’horaire. Le Mix dans toute sa splendeur. Un vrai remède. Une question de survie.

Mais, sortons un peu du studio et allons dans la rue. Oui, ça fait chaud au cœur de voir qu’il n’y a pas eu trop d’indifférence dans le pays et au-delà, en tous cas beaucoup moins que pour les villageois nigérians qui ont été massacrés de la même manière par des... je cherche mes mots, allons-y pour connards, c’est assez générique. A nos frères et sœurs du Nigeria non plus, les kalachnikovs n’ont laissé aucune chance. Eux aussi, ils allaient faire leurs courses, étaient au boulot ou à l’école, peut-être glandaient-ils sans emmerder personne, même. D’ailleurs, reconnaissons-le, les télés ne nous ont pas bassinés avec ces morts, et on ne connaît même pas les prénoms des deux mille victimes. Comme disait Fela, Viva Nigeria ! Sorrow, tears and blood. Et paix à leur âme.

Mais je m’égare dans ma sensiblerie. Nous à HDR on ne fait rien comme tout le monde. Ce qui nous réunit, ce sont nos différences, c’est paradoxal, oxymoresque, mais c’est comme çà. Et on emmerde tous ceux que ça emmerde. On est des gens simples, finalement. Mais on sait aussi faire quelques trucs, comme donner la parole à ceux à qui on ne la donne pas, par exemple. Mixer, mais aussi disséminer les cultures, parfois même dans d’autres langues que celle qui nous unit. Et puis on passe de la bonne zik.

Mais ce qu’on pense savoir faire, c’est faire tomber les murs entre les gens, construire des ponts pour les relier, ouvrir les portes. C’est magnifique une porte, elle relie et sépare à la fois, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Nous, on les ouvre. Et on n’oublie pas les fenêtres, c’est bien aussi une fenêtre, ça permet de changer d’air. C’est ce qu’on continuera à faire, et en mettant les bouchées doubles. On le doit bien à Frédéric, Franck, Jean, Elsa, Stéphane, aux deux Bernard, aux trois Philippe, à Ahmed, Michel, Mustapha, Georges, Clarissa, Yoann et Yoav et aussi aux deux mille Nigérians et Nigérianes dont on ne connaît pas les prénoms. Et à Lassana qui nous a permis de nous raccrocher aux branches pendant ces jours sombres. Massive respect, man.

Enfin après le silence, comme on ne fait rien comme tout le monde, nous, ce soir, pour eux, on va faire du bruit. Yeah ! A toutes et tous, paix, peace, amahoro, salam, shalom ! Inna high diversity stylee !