Il est
de retour. Bardé de soutiens unanimes, L'excitation autour de ce projet d'un
autre âge, celui du pétrole bon marché, voit une belle unanimité en sa faveur
se dessiner de tous les cotés de l'échiquer politique. Sauf chez les
Verts...
Ce jeudi 11 septembre, le Maire de Bois-Guillaume a fait voter le
conseil municipal pour un "voeu" de soutien à ce projet de contournement. La
précipitation des uns et des autres à vouloir faire passer en force ce projet
est propotionnelle à la rareté des deniers dans les caisses de l'Etat. Les élus
de tout poil mais sans la fibre verte urgent leurs instances territoriales pour
obtenir le maximum de soutien, espérant grapiller les reliquats de budget pour
financer leur projet. Bref comme on dit chez nous, au plus fort la pouque
!
L'insistance des élus UMP de l'Agglo à soutenir ce projet qui sera
financé par nos collectivité territoriales aurait pourtant dû mettre la puce à
l'oreille à propos du coup à double bande qu'ils tentent contre les majorités
de gauche à l'Agglo, au département ou à la région. L'endettement consécutif au
financement de ce goufre à pognon public risque fortement de nuire à l'état de
leur finances, puisque, on vous le dit, les caisses de l'Etat sont vides... Et
il faudra faire des choix bugétaires qui risquent de réduire les ambitions des
politiques sociales de nos collectivités ou alors il faudra augmenter les
impôts...
Le plus triste dans cette histoire, c'est que ce projet sera terminé
quand plus grand monde ne prendra sa bagnole. Quand nos élus prendront-il
conscience de la nécessaire révolution énergétique due à la rareté
exponentielle (oui, bon, je sais...) des énergies fossiles ? Sans vouloir
jouer les catastrophistes, nos sociétés devront s'adapter à cette nouvelle
donne. Plus tôt cette adaptation sera décidée, moins douloureux sera le
choc.
C'est donc accord avec mes convictions et ma conscience que j'ai voté
jeudi soir. Je fus le seul élu municipal de Bois-Guillaume à voter contre le
"voeu" présenté par Gilbert Renard. Un Vert solitaire, en quelque sorte...
(rien à voir avec Jean-Luc Le Ténia, à écouter ici
et à lire là). Je
vous livre donc le texte de mon explication de vote. Les intertitres ont été
rajouté pour la publication sur ce blog.
Bonne lecture.
Monsieur le Maire,
Vous demandez au Conseil Municipal de voter un vœu au nom de la Ville de
Bois-Guillaume concernant la réalisation d’un contournement est de
l’agglomération rouennaise. Ainsi, vous affirmez « l’impérieuse nécessité
de construire dans des délais rapprochés cette vois de contournement en
l’accompagnant d’un réseau de transports en commun développé et structuré
».
Révolution énergétique
Permettez-moi de faire quelques remarques à propos du texte que vous nous
présentez. Tout d’abord, ce projet, véritable serpent de mer qui remonte
régulièrement à la surface de la vie politique locale, est présenté comme
inévitable. L’étude, basée sur une enquête publique de 2005, est aujourd’hui
dépassée. Le coût du pétrole a considérablement changé la donne. Ainsi, le
baril est passé de $ 50 début 2005 à des prix autour de $ 100 aujourd’hui. Cela
fait réfléchir beaucoup de personnes quant à l’utilisation systématique de la
voiture pour les déplacements. De plus, la prise de conscience citoyenne à
propos de la préservation de l’environnement qui est en train de naître,
conjuguée à la baisse du pouvoir d’achat et à la hausse du coût des énergies
est en train de transformer notre rapport aux déplacements. Le succès des
dispositifs de vélos en libre accès, des transports en commun (la TCAR voit un
net regain d’affluence sur ses lignes, les TER ont vu leur affluence augmenter
de 9% sur un an) ou encore des différents dispositifs de covoiturage, qu’ils
soient mis en place par le département, les entreprises ou tout simplement les
particuliers, illustrent le changement qui est en train de s’effectuer en
profondeur quant à nos déplacements.
Ce changement d’habitudes, aujourd’hui à ses prémices, va, gageons-le, se
poursuivre et se renforcer dans les années qui viennent, rendant caduc un
projet basé sur des chiffres antérieurs au choc pétrolier que nous sommes en
train de vivre. Le délai entre la décision de réaliser un tel projet et son
ouverture devrait être de l’ordre d’une quinzaine d’années pour un endettement
encore plus long. Quelles seront nos habitudes en matière de déplacements en
2020, en 2025 ? Est-ce que l’économique rimera avec l’écologique ? De
plus, d’autres pistes seront à étudier comme l’aménagement des horaires de
travail , les éco-primes pour l’achat d’un vélo par exemple ou encore
l’injection d’une dose de télétravail dans l’horaire hebdomadaire de certains
salariés. La liste est loin d’être close et espérons que l’imagination sera au
pouvoir.
Pharaonesque et abracadabrantique
Les problèmes soulevés par ce projet sont multiples. Outre son inadéquation
face aux réalités de demain et les inquiétudes soulevées par son tracé (vous
rappelez d’ailleurs la présence d’un site Natura 2000 à Belbeuf), le coût d’un
tel projet sera aussi pharaonique que l’ampleur du chantier qu’il susciterait.
S’il est difficile d’évaluer avec exactitude son coût, comparons les 600
millions d’Euros généralement avancés sans garantie de participation de l’Etat
avec les 20 millions que représente le coût d’une ligne de type TEOR qui
pourrait, par exemple, relier le Madrillet à la Ronce… Si on ajoute que
pourrait être envisagé un péage pour amortir les coûts de construction, alors
on est sûr que ce projet va à l’échec. En effet, les transporteurs routiers
continuent de passer par les quais Rouen pour éviter de payer le péage de
l’A29, quelle sera leur attitude face au prix à payer pour utiliser ce
contournement ? Enfin, pour la population, le contournement n'apportera
aucun soulagement à tous ceux qui angoissent déjà devant l'augmentation
mensuelle de leur facture pétrolière. A quoi bon construire une route grande
vitesse à péage si la plupart des habitants n'ont plus les moyens de faire le
plein ?
La circulation, dont la densité dans notre agglomération est décriée à juste
titre, ne compte pas que des véhicules en transit (qui ne représentent que 2%
de déplacements dans notre agglomération). Les traditionnels embouteillages
sont principalement dus aux trajets internes à l’agglo ou aux camions qui se
rendent sur les installations du Port Autonome. Le contournement ne résoudrait
pas forcément ces problèmes. Il faudra donc évaluer sérieusement l’apport du
pont Flaubert qui permettra un contournement de Rouen par l’ouest lorsqu’il
sera ouvert afin d’évaluer la pertinence du projet de contournement est.
En vert et contre tous
En ce qui concerne la proposition d’accompagner « d’un réseau de
transports en commun développé et structuré », auquel il faudrait bien sûr
ajouter un plan ambitieux d’aménagements et de promotion des déplacements doux,
ne va-t-on pas vers une contradiction ? La logique ne commanderait-elle
pas de prendre ces mesures et d’en évaluer l’efficacité avant de se lancer dans
ce projet titanesque et peut-être déjà dépassé ?
Un projet qui, s’il ne résoudrait pas les problèmes de circulation et de
pollution, augmenterait du fait de son existence même l’étalement urbain,
facteur d’augmentation des besoins en énergies et des émissions de gaz
polluants et à effet de serre. Ou alors, cette recommandation qui se veut
écologique ne serait-elle qu’un argument pour mieux faire passer le
projet ?
Vous l’avez compris, je (nous ?) voterai contre ce vœu qui me (nous) paraît
d’une autre époque, une époque révolue où l’essence était « bon marché
».
Communiqué ministériel
Enfin, je terminerai par une citation de l’actuel ministre de l’écologie,
Jean-Louis Borloo, qui a déclaré le 9 juin dernier alors qu’il annonçait
l’abandon de projets similaires à Bordeaux et à Toulouse :
" En effet ces projets ne correspondent plus aux nouveaux enjeux de
développement durable. Ils privilégient la mobilité automobile, dans un
contexte de pétrole cher et non renouvelable, l'utilisation non raisonnée de
l'espace, notamment par l'étalement urbain préjudiciable à la
biodiversité...''
Merci de votre attention.