Ministère pour un Monde Meilleur

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mercredi 18 février 2009

Anticolonial !

anticolonial.jpgEn 2006, quelques militants que l’on aurait qualifiés de tiers-mondistes dans les pas-si-terribles-que-çà années 70, ont lancé une « Semaine Anticoloniale ».

Rejoints par d’autres personnes ou associations depuis, cette semaine d’informations et d’actions autour du fait colonial d’hier, d’aujourd’hui et peut-être même de demain, commence à s’installer dans le paysage.

Alors, vieilles chimères ou combat d’avant-garde ?

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mercredi 11 février 2009

Pwofitasyon kolonialis et kapitalis, suite

gwadmanif.jpgLa Gwadloup est en grève générale depuis 3 semaines. Le ministre des colonies, pardon de l’outremer fait la navette entre la métropole et l’île touchée par un mouvement populaire sans précédent. Pendant ce temps, les médias dominants se contentent du service minimum d’information…

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mercredi 4 février 2009

Le monde selon K ou le monde selon P ?

kouchnercartoon.jpgL’info était disponible depuis plusieurs jours, l’inénarrable Pierre Péan allait sortir un livre sur Bernard Kouchner, et on allait voir ce qu’on allait voir.

Ce bon docteur K épinglé par un gros vendeur de bouquins. Le buzz avait bien fonctionné et malgré ou à cause de la gêne des uns à droite ou de quelques autres à gauche, s’est-on posé les bonnes questions ?.

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jeudi 18 décembre 2008

Egalité des chances : touche pas à mon népote

touchepas.gifC’est encore une fois avec un plan communication béton que le Président de la République a mis en scène ses annonces en faveur de l’égalité des chances. C’est encore avec un zèle certain que les « grands » (en chiffre d’affaires) médias se sont empressés de relayer la parole présidentielle. Mais quid de l’égalité des chances ? Encore un coup d’épée dans l’eau ?

« L’égalité réelle des chances, c’est d’abord par l’école qu’elle passe »

C’est en substance une des phrases présidentielles prononcées à Polytechnique. Oui, bien sûr, mais quelle école ? Celle que le gouvernement nous prépare, de la maternelle (pardon, du jardin d’enfants) au lycée sera-t-elle assez forte pour pouvoir pallier aux inégalités sociales et culturelles qui se développe dans une France en crise ? La « réforme » de l’Education Nationale telle que mise en place par le « devanceur d’appel » Xavier Darcos porte en elle bien des inégalités que le chef de l’Etat veut combattre par ses propositions.

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mercredi 3 décembre 2008

Eunice Barber se met au triathlon

barber.jpgEn matière sportive, il existe le biathlon, le triathlon, le pentathlon, l’heptathlon et le décathlon. Si dans le grec ancien « athlos » signifie « concours » ou « épreuve », les préfixes bi, tri, penta, hepta ou déca signifient respectivement 2, 3, 5, 7 et 10 indiquant le nombre d’épreuves. L’athlète et même l’heptathlète Eunice Barber, née non pas à Libreville mais à Freetown vient de se faire signifier par la justice son transfert dans un nouveau type d’épreuve : le triathlon judiciaire…

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mercredi 26 novembre 2008

Black Mic-Mac 2 : une association à Cran

cran.jpgIl y a trois ans naissait le Conseil Représentatif des Associations Noires. Censé être le pendant du CRIF pour les Juifs ou du CFCM pour les Musulman le CRAN devait œuvrer pour lutter contre les discriminations « ethno-raciales ». Aujourd’hui, le CRAN est en train de se déchirer. Serait-il en train de nous servir un remake du film de 1986 de Thomas Gilou avec Jacques Villeret, Isaac de Bankolé et Félicité Wouassi, bref un Black Mic-Mac 2…

On peut légitimement se poser la question de la pertinence et du bien-fondé de créer une association dont la vocation est la défense d’une population hétérogène dont le point commun est de se revendiquer « Noir ». Tel un Blanco de la grande époque, nous n’hésiterons pas à botter en touche sur ce sujet même s’il n’est pas inutile de rappeler l’opposition véhémente entre le CRAN et le Collectif DOM et les clashes répétés entre Patrick Lozès et Claude Ribbe à moins que ce ne fut l’inverse. Il fut même une période où les plaintes déposées par les uns répondaient aux plaintes déposées par les autres. La cohabitation de ces deux hommes dans le même Modem a dû être quelque chose de novateur pour le jeune parti centriste. On se souviendra ainsi de la demande formulée par Claude Ribbe à Jacques Chirac, alors Président de la République et n’ayant pas encore investi son appartement parisien gentiment prêté par la famille Hariri par pure amitié franco libanaise à moins que ce ne soit libano française, de dissolution du CRAN.

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mercredi 15 octobre 2008

Débouté, l’Hortefeux !

sarkozy-immigrationchoisie.jpgLe Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationales réunies s’est vu désavoué par le Tribunal Administratif dans sa tentative d’éjecter la Cimade hors des centres de rétention. Bonne nouvelle. Encore un effort et on saura la vérité vraie sur l’immigration, une chance pour un Occident en bout de course…

Mais revenons sur la tentative de Monsieur Brice de changer les règles du jeu dans les centres de rétention. Car depuis que la Cimade a obtenu le « marché » de « la mission d’«information, en vue de l’exercice de leurs droits, des étrangers maintenus dans les centres de rétention administrative» en 1984, il était devenu urgent pour l’homme de Clermont Ferrand d’ouvrir à la concurrence, qu’on imagine libre et non faussée bien sûr, ce marché. La volonté gouvernementale de partager en 8 régions, pardon en 8 lots puisqu’il s’agit d’un appel d’offres, cette mission essentielle dans un état qui se veut de droit, avant d’être de Droite, n’avait qu’un but, évincer ces dangereux trublions qui avaient jusqu’à lors une vision global du traitement des étrangers dans ces centres. Or, le travail effectué depuis près de 25 ans auprès des étrangers par la Cimade avait, outre l’information sur les droits des mêmes étrangers, le mérite d’alerter l’opinion publique sur le traitement qui leur était réservé par la République. La tentative auvergnate de diviser les associations de solidarité envers les migrants en ouvrant à la concurrence ce « marché » a tourné court, ces associations (Ligue des Droits de l’Homme, Gisti, Syndicat des Avocats de France…) s’étant déclarées solidaires justement avec la Cimade, jusqu’à l’arbitrage du Tribunal Administratif qui a donc tranché en mettant en exergue les irrégularités de cet appel d’offres.

Bien sûr, dans la foulée de cette avancée républicaine, nos médias ne manqueront pas de revoir leur copie de la part de leurs journalistes (j’allais dire pisse-copie, mais cela n’aurait pas plu à l’épiscopat) qui ne manqueront pas de rétablir la vérité sur l’immigration après quelques décennies de Droit de Savoir, de journal de JP Pernaut ou de pensée unique calquée sur les thèses lepénistes ou sarkoziennes. Ainsi, dans les prochaines semaines, nous apprendrons par exemple sur les écrans que le pays qui reçoit le plus d’étrangers est l’Inde, que 35 millions d’états-uniens sont nés à l’étranger où encore que l’immigration en France, loin de coûter de précieux sous, surtout par les temps qui courent où les caisses de l’état sont vides et où les bourses font du yoyo, rapporte à la collectivité nationale alors que les expulsions coûtent bon bon. Ainsi, dans le livre « Sociologie de l’argent », on apprend que l’expulsion des sans papiers a couté 3 milliards d’Euros à l’état français et mobilise l’équivalent de 15.000 emplois à temps plein de fonctionnaires chargés de mettre en œuvre ces reconduites à la frontières, soit certainement davantage qu’à la glorieuse époque de Vichy et de Maurice Papon.

On apprendra également que la France est un des derniers pays de l’OCDE ne devançant que la Finlande (où il gèle) et la Hongrie (dont on ne sait pas grand-chose) en termes d’entrées d’étrangers (2 pour 1.000 habitants par an), alors que Canada et Royaume Uni en compte 8 et l’Italie 7.

De plus, TF1, LCI et consorts (en un seul mot) ne manqueront pas de nous rappeler que l’immigration a toujours été choisie, l’entrée des candidats à l’immigration ayant toujours été contrôlée par l’état par l’intermédiaire des ONI, OMI ou encore ANAEM, et les autorisations délivrées par les préfectures et les directions départementales du travail selon qu’il s’agisse respectivement de regroupement familial ou de travail. On apprendra également que les cohortes de maliens immigrés en France ne représentent que 3% du total de l’émigration malienne ou que si nous comparons les chiffres des migrations du début du 20ème siècle en France (ritals, espingouins et autres polaks) avec ceux, actuels, de l’immigration africaine (maghrébine et subsaharienne), nous devrions avoir en France 600.000 arabes et noirs de plus. De quoi se plaint-on ?, comme on dit dans les couloirs du Ministère de la Honte…

Le mot de la fin à l’omniprésident Nicolas Sarkozy qui déclarait en 2006 : « Les mineurs de 1945 n'ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d'aujourd'hui, qui ont moins de 18 ans et qui font peur à tout le monde. » ou encore en 2007 « Si Le Pen dit que le soleil est jaune, je ne vais pas être obligé d'arriver en prétendant qu'il est bleu. Personne n'est obligé d'habiter en France. Quand on habite en France on respecte ses règles. C'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, qu'on ne pratique pas l'excision sur ses filles, qu'on n'égorge pas le mouton dans son appartement, et qu'on respecte les règles républicaines. »

Comme la vérité et le respect des êtres humains, par exemple ?

Pour aller plus loin

- Le site de la Cimade

mercredi 17 septembre 2008

Cameroun 1958 : ethnisme à la française

rubenummyobe.jpgIl y a tout juste 50 ans, soit pour les amateurs de précisions synonymiques un demi siècle, cinq décennies ou encore un vingtième de millénaire, notre chère République Française alors en proie aux demandes d’indépendance insistantes des indigènes de nos colonies et en pleine guerre d’Algérie, pardon, en pleine opération de pacification du département français d’Afrique du Nord, notre chère République, donc, n’hésita pas à commettre l’irréparable sur le sol camerounais.

En 1958, la France coloniale voulut créer une sorte de jurisprudence anti anticolonialiste. L’Union des Populations du Cameroun (UPC) et son leader Ruben Um Nyobè devinrent alors des cibles prioritaires pour l’administration coloniale du pays dit des Droits de l’Homme. Mais revenons quelque peu en arrière pour resituer l’événement dans le contexte camerounais de l’époque. En 1948, soit dix ans avant notre date à l’origine du cinquantenaire, l’UPC se forme à Douala. Rapidement, Ruben Um Nyobè, par son charisme, homme intègre, grand humaniste et pacifiste convaincu ne tarde pas à mettre la puissance coloniale sur la sellette. Son projet national pour le Cameroun, s’il réclame bien sûr l’indépendance, est un projet démocratique sans soupçon d’ethnisme ni de syndrome de Fachoda. Il veut unifier les populations du Cameroun sous une bannière commune sans distinction d’ethnie ou de « colonophonie », c'est-à-dire que francophones et anglophones peuvent trouver leur place dans ce projet.

Mais le succès rapide et grandissant des thèses de l’UPC inquiète la métropole. Les visites de Ruben Um Nyobè aux Nations Unies, les manifestations des supporters de l’UPC de 1955 ne plaisent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, à l’administration coloniale. La répression va alors devenir féroce. La clandestinité devient nécessaire pour sauver sa peau. La guérilla devient le moyen de lutte face à des forces qui veulent la mort de l’UPC et de son leader. Le haut commissaire français du Cameroun qui deviendra ministre des armées deux ans plus tard puis premier ministre sous Georges Pompidou (le président, pas le musée d’art moderne) conduit une répression impitoyable. L’UPC est alors infiltrée. Ses militants sont arrêtés, torturés, déportés et assassinés. On expose leurs têtes coupées dans les rues. Les villages du sud et de l’ouest du pays particulièrement en pays Bassa et Bamiléké subissent les assauts d’une colonisation que l’on ne pressent pas comme positive : on détruit les villages, on utilise le napalm, on déplace des populations entières que l’on regroupe dans des camps pour couper tout soutien à la guérilla. La France des Lumières est en pleine guerre. Une guerre qui passera inaperçue, les « événements » d’Algérie, comme on dit pudiquement à l’époque, occupe le devant de la scène médiatique et le Cameroun est plus éloigné et moins connu des Français, alors on en profite.

Finalement, Ruben Um Nyobè est capturé, assassiné et enterré à la va-vite. Le Cameroun accède à l’indépendance en 1960 sous la tutelle de l’omniprésent Jacques Foccart. Un président ami est vite nommé, Ahmadou Ahidjo. La suite est une litanie de pouvoirs plus liberticides et corrompus les uns que les autres, jusqu’au trop long règne de Paul Biya qui deviendra président en 1982 et fêtera en novembre prochain ses 26 ans de pouvoir discontinu.

Quant à la France officielle, elle se fourvoiera en Algérie, avec le recours à la torture notamment, au Biafra, avec l’ethnisme érigé en projet de gouvernement ou encore au Rwanda où le soutien aux génocidaire fut le point culminant d’une politique « africaine » qui n’ose pas dire son nom : racisme institutionnel. Bref, une longue histoire.

Le mot de la fin au grand et essentiel Mongo Beti qui avait bien vu la tentation française de l’ethnisme : « L'ethnomanie, est ce recours extravagant, pour tout expliquer, à l'argument tribu (guerres tribales, oppositions tribales, émeutes tribales.), qui n'est pas seulement le fait de démagogues ou de dictateurs à court de pensée, mais trouve aussi des adeptes dans d'autres catégories, surtout chez les Français moyens très mal informés, comme si, en Afrique, toute réalité était d'abord tribale. »

Tribale à blanc ou tribale à noirs ?

Pour aller plus loin

- Ruben Um Nyobè vu par Cameroon Link
- Article de Libération sur le Cameroun de 1958

mercredi 27 août 2008

« Médiature » ou « médiacratie » ?

tv.jpgLa multiplication ces derniers temps de cas de censure (auto ou non), d’évictions, de transferts, de chasse aux sorcières ou encore de retouches d’images (merci Photoshop) dans la presse multimédia nous amène à nous poser cette question : sommes nous en « médiature » ou en « médiacratie » ?

Remugles communicationnels

Depuis le sacre du tsar Nicolas 1er de Neuilly, la presse, qu’elle soit audiovisuelle, écrite ou parlée connaît de sérieux mouvements, voire de vilains remugles si j’ose dire. Les bons petits soldats de la communication sont en train de remplacer les journalistes ou journaleux qui osent braver la maîtrise de l’image présidentielle, proposer une alternative à la pensée unique (voire inique) ou tout simplement faire leur boulot, informer.

L’éviction de PPDA au profit de Laurence Ferrari, la Siné-cure à Charlie Hebdo suivie de la promotion JDDesque de Claude Askolovitch au sein du team Lagardère, le limogeage de Richard Labévière de RFI, le recadrage par le Fig-Mag des photos du président face aux troupes en Afghanistan, bref, l’été a été sans pitié dans le milieu des empires de l’information.

Le marché des transferts de la petite lucarne ressemble de plus en plus à un mercato footballistique. En effet, tout rédacteur en chef peut se faire limoger comme un vulgaire entraineur de ligue 1 ou tout journaliste comme un Vikash Dhorassoo. Les professionnels de la profession, comme dirait Jean-Luc Godard ne semblent plus être que de simples outils que l’on peut jeter, échanger, vendre ou remercier (dans les deux sens du terme d’ailleurs, par une promotion ou un vidage) en fonction des intérêts du président et de ses amis.

La disgrâce de certains patrons de rédaction (pas tout à fait gauchistes) comme Alain Genestar ou de journalistes (presque libertaires) comme PPDA nous montre que les serviteurs parfois zélés du pouvoir sarkoziste ne sont pas à l’abri. Quel crédit apporter alors aux flux d’information notamment télévisuels ?

Berlusconi en avant-garde

L’Italie, notre voisine, expérimente depuis un certain temps déjà l’exercice d’un monopole berlusconien de contrôle des médias. Privés, par leur possession, publics par la mainmise exercée quand le caïman (Berlusconi selon Nanni Moretti) accède au pouvoir.

La France connaît une situation légèrement différente. Certes, pas besoin d’être un grand expert pour vérifier à longueur de JT ou de pseudo débats politiques pour voir de quel côté penche la télévision publique. Les JO ont d’ailleurs fourni à France Télévision de mettre en scène un certain nombre de personnalités sportives (de Lamour à Douillet, de Laporte à Restout) clairement identifiées et identifiables à droite. Normal. Non, à la différence de nos voisins et amis ritaliens (et oui, j’hésitais entre italiens et ritals, j’ai donc fait un compromis), le chef de l’état ne possède pas en propre de médias. Ce qui ne l’empêche pas de faire la pluie et le beau temps dans les rédactions des groupes appartenant à son frère Lagardère, son cousin Bouygues et son oncle Bolloré.

Le cinquième pouvoir, comme on l’appelait il y a quelques décennies, est devenu un enjeu dans le cadre de la maîtrise de l’image et de la promotion gouvernementale réunie. Comme en Italie lors de la « libération » (libéralisation serait certainement plus juste) des ondes, la multiplication des chaînes nous rend chaque jour un peu plus prisonniers d’un discours aussi unique que la pensée du même nom dont elles se nourrissent.

Une différence tout de même, les liftings berluconiens sont cliniques, les retouches sarkoziennes numériques… (voir ici)

Tournez manèges

Le feuilleton de l’été mettant aux prises Val et Siné ne laissent en rien augurer d’un futur radieux concernant la liberté d’expression ou de publication. Le faux procès contre Siné (enfin, c’est mon point de vue) lancé par un journaliste du Nouvel Obs a finalement permis à Claude Askolovitch de sortir de l’anonymat pour devenir le rédac chef du Journal Du Dimanche, fleuron de la presse dominicale appartenant au groupe Lagardère. Quant à Charlie Hebdo, Siné serait-il en train de payer le soutien de l'ancien ministre de l'intérieur lors du procès dit des caricatures de Mahomet ?

La radio publique et à vocation internationale RFI n’échappe pas à la reprise en main générale. L’épouse du ministre des affaires étranges (non, il n’y a pas de coquille), patronne de la holding Audiovisuel Extérieur de la France (TV5, RFI et France 24) a permis le licenciement du journaliste et rédacteur en chef à RFI, Richard Labévière. Reconnu pour ses compétences sur le proche et le moyen Orient, il a été licencié pour faute grave. Ses torts ? Avoir réalisé une interview de Bachir El Assad qui a été diffusée d’abord sur TV5 au détriment de RFI, sa rédaction d’origine. Oui mais… TV5 et RFI font partie de cette même holding.

S’il est vrai que Richard Labévière, ne professe pas un soutien inconditionnel à la politique israélienne, cet homme n’a rien du dangereux anti-sioniste de l’ultra-gauche ou antisémite de l’ultra-droite. Animateur de la revue des anciens de l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure, Richard Labévière est victime de la vulgate du pouvoir actuel. La disparition du pluralisme sur RFI, notamment à propos du proche Orient risque de couper encore un peu plus Paris du monde francophone (Liban notamment). Dommage pour ‘époux de madame Ockrent qui a bien du mal à faire vivre la politique extérieure française.

Certes, tout cela est moins glamour que la présentation d’un JT par Lolo Ferrari ou que la couverture de la sortie du dernier album de Carlita…

Euh, vous pouvez répéter la question ?

Mais revenons au titre de ce billet : médiature ou médiacratie ? Dictature des médias ou médias démocratiques ? Et bien le contrôle de l’opinion publique entamé avec la naissance de la télévision (ou du moins de son arrivée dans tous les foyers) a bien avancé depuis le temps de l’ORTF et du Ministre de l’Information aux grandes oreilles, Alain Peyrefitte, a véritablement atteint un niveau record, comme on dit en cas de crue de la Seine (voir le zouave du pont de l’Alma).

Nous pensons pour vous. Voilà ce que les grands médias (en termes de diffusion) nous proposent, pardon, nous imposent. Entre la diffusion d’infos futiles mais viscérales pour le pouvoir actuel et le contrôle de plus en plus prégnant des internautes, le Big Brother de George Orwell n’est pas loin.

Pour ma part, je pense que la médiature est proche, plus qu’on ne le pense. La grande lessive des cerveaux a commencé etNonce Paolini est son prophète...


Pour aller plus loin

- Pétition de soutien à Richard Labévière

- Interview de Richard Labévière sur You Tube

- Le blog de SIné, celui de ses soutiens

_ Où Sarkozy flingue PPDA

lundi 11 août 2008

Beijing 2008 : Greli grelo, combien de breloques dans mon sabot ?

medailles.jpg ''Alors que les journalistes et consultants sportif, voire politiques, tentent de nous vendre les jeux comme un grand moment de fraternité entre les peuples, une seule préoccupation semble tarauder les détenteurs de la parole cathodique…''

Chauvinisme international

Gageons que le chauvinisme sportif à l’occasion de la grande kermesse mondiale du sport soit le sentiment le plus partagé au monde. Car, il m’est arrivé de me trouver dans d’autres pays à l’occasion de JO, de championnats du monde (d’athlétisme, entre autres), et le déferlement nationaliste n’y est pas plus bas qu’en France. Les chaînes de TV allemandes réussiraient presque à faire passer Thierry Rolland pour un internationaliste…

Donc, comme la charité dans le vieil adage, fraternité bien ordonnée commence par soi-même… Et c’est tout naturellement que le « tableau des médailles » devient pour un moment et dans beaucoup de pays le nombril à travers lequel il convient de se regarder ou pour le moins essayer de trouver entre ses replis le moindre soupçon de breloque.

France Télévisions en tête

Si le diffuseur public de programmes de télévision obtient le monopole des Jeux sur les chaînes hertziennes en clair, ce n’est pas pour rien ? Entre la fameuse complémentarité entre France 2, 3 et 4 déjà vantée à l’occasion de Roland Garros ou du Tour (de France, of course) nous permet de voir les épreuves in extenso, c’est surtout pour assister aux essais des sportifs tricolores (ou bleus, au choix) à remporter une médaille, voire une non-médaille.

France Télévision jongle donc allègrement entre les sites olympiques selon le leitmotiv : « les Français en lice vont-il gagner une médaille, ou sa variante : « combien de médailles pour la France ? »…

Bien sûr, les concurrents n’ont pas d’autre choix que d’emboîter le pas au groupe étatique pour nous faire vibrer comme un portable tout en faisant vibrer la fibre chauvine qui est, selon nos professionnels de l’information, inhérente à chacun de nous.

La paix ! Maintenant !

Peace, en anglais, pace en italien, etc. Car il existe un certain nombre de nations engagées dans ces jihos que la France. Fraternisons avec l’ennemi et montrons d’autres sportifs qu’hexagonaux (voire domtomiens) participer à ce rendez-vous néanmoins planétaire.

Le baron Pierre de Coubertin, pourtant raciste et sexiste, avait malgré tout donné le ton comme quoi l’essentiel est de participer et bla bla bla. Quel ringard ! Oyez, braves gens, les délires chauvins de nos commentateurs préférés à haïr, Gérard, Nelson, et tutti frutti (oui je sais, c’est tutti quanti, mais l’été est la saison des fruits, non ?), et comptez le nombre de breloque dans le sabot national !

Une solution tout de même pour le service des sports de France Télévisions, ne montrer que les championnats de France. Produisons français pour le tableau de nos médailles, aurait pu dire nos amis du PCF à une certaine époque…

mercredi 6 août 2008

Kigali Vs Paris

operation-turquoise.jpg

Non, ce n’est pas du football, ni même une relation diplomatique conflictuelle. Car il n’y en a plus, du moins officiellement, de relations diplomatiques entre les deux pays... Retour sur un tragédie (et le mot est faible) à l’occasion de la présentation des résultats de la commission d’enquête rwandaise par Tharcisse Karugarama, ministre de la justice au pays des mille collines.

Retour à l’envoyeur

En novembre 2006, lorsque l’éminemment politique Juge Bruguière annonce les conclusions de ce qu’il qualifia à l’époque d’enquête et la mise en examen de neuf personnalités du Front Patriotique Rwandais, la France, ce beau pays du ministère de l’immigration et de l’identité nationale réunies, pensait qu’elle allait pouvoir solder son rôle plus qu’ambigu lors du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994.

Quelques jours plus tard, ce petit pays (par sa superficie, le faisant ressembler à une crotte de mouche à droite du Congo sur la carte d’Afrique…) se permet l’outrecuidance de rompre ses relations diplomatiques avec la capitale putative de la francophonie. En effet, après avoir tenu en échec la France (diplomatique, politique et militaire, voire mercenaire) dans le Zaïre pourrissant de la fin du règne Mobutu pour y placer Kabila (Laurent Désiré, le père), le Rwanda se devait d’être châtié par le pays qui donna naissance aux « lumières » et à l’inoubliable film « Mon curé chez les nudistes ».

Si la Mission parlementaire d’information conclut en 1998 que la France « n'a en aucune manière incité, encouragé, aidé ou soutenu ceux qui ont orchestré le génocide et l'ont déclenché dans les jours qui ont suivi l'attentat », nombreux furent ceux qui surent lire entre les lignes, les jours qui ont suivi l’attentat, non (si ce n’est le passage express de l’inénarrable Paul Barril et son retour avec la fumeuse -oui oui- boîte noire de l’avion présidentiel, mais alors, avant et après ces jours sombres, quelle assiduité hexagonale ! Bref, l’écran de fumée à usage de l’opinion publique était en marche…

C’est donc naturellement que le gouvernement rwandais décida la création de sa commission d’enquête sur la participation française au génocide des Tutsi et au massacre des Hutu démocrates de 1994.

De l’Indochine au Rwanda via l’Algérie

Pour qu’une partie importante du peuple rwandais puisse se servir allègrement de machettes pour aller exterminer ses voisins, amis, relations familiales ou inconnus, il avait fallu laver les cerveaux des « bons » citoyens. Et cela pendant quelques décennies.

Un détour par les « possessions » françaises en Asie s’avère nécessaire. Loin d’avaler inutilement des kilomètres virtuels et de voyager un demi siècle en arrière, le retour au pays fatal qui sonna le début des déboires coloniaux de notre pays explique en partie l’implication française entre Zaïre, Uganda et Burundi. Depuis les premiers explorateurs et missionnaires, en passant par Napoléon, Jules Ferry, la mission du capitaine Marchand stoppée nette par les Britanniques à Fachoda, puis les troubles de Madagascar et de Sétif (entre autres, demandez aux Bamilékés du Cameroun…), la France a toujours refusé la remise en cause par les colonisés du rôle « positif » d’icelle à leur encontre. Illustre incomprise, la France et son armée se penchèrent donc sur, non pas les raisins de la colère, mais les raisons de la défaite au pays d’Hô Chi Min. D’où la genèse de la théorie de la « guerre révolutionnaire » dans les sphères pensantes de la stratégie militaire et de la guerre psychologique. Première application, la bataille d’Alger et ses préparatifs de quadrillage géographique d’abord, de harcèlement psychologique ensuite.

La bataille d’Alger fut un succès militaire inespéré dans le contexte de la guerre d’indépendance, pardon des opérations de pacification. On retrouvera quelques années plus tard le même découpage administratif de contrôle de la population et des esprits au Rwanda, jusque dans l’utilisation du mot et du concept de « secteurs ». Mais quel rapport entre la théorie made in France de la guerre dite révolutionnaire et la dictature des régimes Kayibanda puis Habyarimana ?

Et bien, le succès de cette théorie guerrière fut tel qu’elle fut enseignée dans de nombreuses écoles militaires à commencer par l’hexagone qui savait (et sait encore ?) alors très bien accueillir les officiers du « monde libre » pour leur apprendre à bouter les ennemis communistes ou anticolonialistes hors des frontières métropolitaines ou coloniales. Ainsi, des officiers de l’armée belge furent sensibilisés à ce concept pour commencer à le mettre en place dans un Rwanda nouvellement indépendant mais toujours sous contrôle belge.

Et, excusez-moi pour ce détour, c’est là que çà commence vraiment. La « coopération » se mettra véritablement en branle sous le septennat de Giscard avec notamment la signature entre les deux pays d’accord d’assistance militaire par le biais des deux gendarmeries nationales. Suivie vers la fin des années 80 / début des années 90 par une coopération entre les armées qui fit d’ailleurs faire faire à la France en catastrophe un avenant à ces fameux accords trop souvent qualifiés à tort de secrets…

Depuis 1990, l’armée française qui donna l’impression à l’époque d’avoir su relativement bien s’émanciper du pouvoir politique, prit du champ pour aller jusqu’à entraîner également les milices interahamwe, bras « séculier » du pouvoir génocidaire, dans les casernes rwandaises.

Haute fidélité

Tout ce travail auprès de ceux qui allaient commettre le génocide, comme le funeste général Bagosora, allait devoir une solidarité sans faille à notre pays pour masquer sa participation sinon active, du moins « intellectuelle » au génocide. L’Opération Turquoise (et les massacres de Bisesero, notamment, lire « L’inavouable » de Patrick de Saint-Exupéry, édition les Arènes) allait permettre à la France de contrer les effets de l’avancée du Front Patriotique Rwandais (FPR), à savoir l’exfiltration des forces politiques, militaires et miliciennes qui commettaient le génocide.

La caricature offerte au monde par nos forces armées en train de justifier la reprise des émissions de la sinistre RTLM (dite radio mille collines) dans la « zone humanitaire sûre » contrôlée par l’armée française est la parfaite illustration de cette fidélité à toute épreuve. Les politiques allaient suivre en créant la mission parlementaire dirigée par Paul Quilès (le Robespaul) dont la mission était de blanchir si j’ose dire (et je l’ose) la France, son armée et son gouvernement.

Depuis, cette fidélité à ses anciens et peu recommandables amis ne s’est jamais démentie. Sur les plans diplomatique ou militaire, Paris n’allait avoir de cesse de protéger ses amis et de se protéger en attaquant le Rwanda tous azimuts…

Un oublié dans l’histoire ?

Realpolitik de la part de Kigali, oubli de nos médias, information partielle ou partiale ? Toujours est-il que si nos journaux ou agences de presse ont mis en avant la mise en cause par la commission d’enquête rwandaise de personnalités comme Mitterrand, Balladur, Juppé, Villepin ou encore Védrine, le président français actuel s’en sort indemne.

On rappellera donc au passage que Nicolas Sarkozy était alors Ministre du Budget et donc responsable de la signature accordant les versements de fonds à nos militaires et à leurs amis (ah ! le fameux prêt du Crédit Lyonnais –encore lui !, comme on dit chez Bernard Tapie- qui permit au gouvernement intérimaire génocidaire de débloquer une livraison d’armes coincées en Egypte pendant le génocide), l’argent étant considéré comme le nerf de la guerre, CQFD.

Donc, Nicolas Sarkozy ne semble pas figurer dans les tablettes négatives de la commission. Oubli des uns ou des autres, attendons que ce rapport nous parvienne. Il ne serait pas étonnant qu’il n’y figure pas, étant perçu (à tort ou à raison) par Kigali comme quelqu’un ayant la volonté de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays, en duo avec Kouchner.

Pourtant le chemin est long (et la pente est raide dirait Raffarin) et la route est sinueuse. Il ne suffit pas d’arrêter et d’envoyer au Tribunal Pénal d’Arusha quelques génocidaires réfugiés en France…

La vérité passe à travers le feu mais ne se brûle pas

Alors, cette commission d’enquête, elle va servir à quoi ? Et bien, on verra, ne me mouillé-je pas, car les erreurs de la France doivent être reconnues par la France et en France. Il a fallu plus de cinquante ans pour véritablement connaître le rôle de certains Français lors de la Shoah. On ne connaît toujours pas officiellement les dérives de notre pays pendant la guerre d’Algérie ni non plus la face cachée d’un colonisation plus brutale que ce que les députés UMP voulait bien nous en dire (ou nous en… rire) lors de l’amendement heureusement supprimé sur le rôle positif de la colonisation. Bref, il vaut mieux ne pas être pressé.

Paris (et Kigali) auront beau tout dire ou tout faire pour présenter leur version, c’est à la lumière de l’Histoire (avec un H aussi grand que des poteaux de rugby) que l’on connaîtra un jour les tenants et les aboutissants du rôle de la France, de son gouvernement et de son armée en 1994 quelque part autour de Kigali et dans le Kivu qui sut accueillir les militaires et miliciens rwandais en fuite devant l’avancée du FPR.

Quoi qu’il en soit, l’Histoire se fabrique tous les jours. Le rôle de notre pays est de plus en plus mis à jour, notamment par des citoyens et associations qui recherchent la vérité, cette vérité qui dérange et finit par faire mal. Un proverbe rwandais dit que la vérité passe à travers le feu mais ne se brûle pas…

La vérité, ce que nous devons aux victimes et aux rescapés...


Pour aller plus loin

- Le texte intégral du rapport de la commission rwandaise (en pdf)

- Le communiqué de Survie

- Le site de la Commission d'Enquête Citoyenne

- "La guerre noire" de Gabriel Périès de David Servenay

- Le rapport de la mission d'information du parlement français

- Les autres articles à propos du Rwanda sur ce blog

samedi 28 juin 2008

Merci Vikash Dhorassoo

dhorassoo.jpgCertes, il existe des problèmes bien plus importants que le football... Certes, les footballeurs professionnels, s'ils sont souvent de grands sportifs, ne sont pas forcément des grands citoyens... Pourtant quelques esprits libres surnagent au milieu d'une vacuité de leurs propos dans la presse, qu'elle soit généraliste ou sportive. On connaît Lilian Thuram et son implication contre le racisme et les discriminations, mais la parole sensible et sensée de Vikash Dhorassoo (natif d'Harfleur et non de Neuilly) est digne d'être entendue ou lue.

Vikash a publié ce vendredi 27 juin une tribune dans la pertie Rebonds de Libération. Quand le "substitute" dit ce qu'il pense, il égratigne au passage le culte voué à la victoire dans le sport. Rafraichissant.

Vive la France qui perd !

Mardi 17 juin, on a retrouvé la France qui perd. C’est le plus important. Finie la France qui doit toujours gagner, la page est peut-être définitivement tournée. Finie l’exclusivité de la parole et du savoir dans le football à ceux qui gagnent.

Les derniers rescapés de 98 – Gloria Gainor avec eux – et tout ce qu’on a bien voulu nous faire avaler, hop, enfin à la cave. Fini le 1, 2 et 3 zéro, et la France black-blanc-beur post-coupe du monde… Finie la France qui gagne pour nous détourner de la réalité. Et même, cette France désorganisée, avec une défense plus que limite qui perd à 10 et face aux champions du monde, on lui a trouvé un peu de panache au Royal Custine, bar de Barbès. Oui, Domenech a encore raté son coaching. Oui, Domenech joue avec deux récupérateurs, soit un de trop par rapport aux autres équipes du tournoi. Oui, Domenech… N’empêche : il peut être fier de ce qu’a fait cette équipe rajeunie – un seul champion du monde 98 sur le terrain – pour son dernier match. S’est bagarrée. A pris des risques.

Le lendemain, la France s’est réveillée sans gueule de bois semble-t-il, comme si cette fin était attendue – espérée? – comme si finalement, ce n’était pas plus mal que ça se termine comme ça. Dans ces moments-là, les gens sont solidaires : ils cherchent un responsable, un bouc émissaire, parce qu’il faut un bouc émissaire. En l’occurrence, ils n’ont pas eu besoin d’aller le chercher : il s’est rendu tout seul. «Je demande Estelle en mariage» qu’il a dit Raymond le soir de l’élimination.

On pourrait évidemment y voir une pirouette : Raymondo aurait fait le malin. Une ruse pour ne pas avoir à reconnaître ses erreurs, une manière de déplacer le propos. Il a tenté le coup de l’émotion. Bien essayé puisqu’on est dans une société ou l’émotion, ça marche. La télé nous propose de l’émotion, Sarkozy nous fait de l’émotion. Alors quoi de plus normal que de surfer sur cette vague dans un dernier espoir pour sauver la face le soir d’une cinglante défaite, surtout lorsque l’on est la personne la plus importante, excusez-moi le couple le plus important après le couple présidentiel.

Estelle n’est pas Carla. Elle n’a pas apprécié ? Hum ! Peut-être ! Les Français non plus… On y a presque cru quand il est venu annoncer sa sélection la larme à l’œil, enfin non, pas trop en fait. On n'y a pas cru. En décidant de prendre trente joueur et d’en éliminer 7, il sait que ce sera terrible pour eux. C’est vraiment nous prendre pour des imbéciles que de jouer le mec traumatisé (même s’il avait été sincère, c’était surtout traumatisant pour les 7 exclus qui risquent d’être marqués par cet événement, comme l’avaient été les 8 de 1998).

Il a juste pris les meilleurs, sauf Mexès, sans faire aucun sentiment. Gomis, Mandanda sortis de nulle part, comme Ribéry et Chimbonda deux ans plus tôt, façon de se mettre l’opinion dans la poche.

Selon lui, les autres joueurs seraient venus saluer leurs copains sur le départ. Landreau son fidèle lieutenant le désavouera publiquement. Manipulation ratée. Démasqué, Raymond.

Il voulait être le sélectionneur et il l’est devenu. Mais être sélectionneur a un prix : Domenech a accepté de le payer. Par ambition, goût du pouvoir ou de l’argent ? Il a adoubé le retour des anciens. Certainement contre son gré. Il est devenu lisse (finis les poils sous les yeux), fade (où le décalage ? où le théâtre ?), une sorte de produit TF1 payé par le service public – et SFR pour arrondir les fins de «moi».

Et puis, mardi soir, il a perdu après avoir commis trop d’erreurs techniques, tactiques, et de communication. Dès le lendemain, on a rameuté les loups. Le lobby 98 à l’action. Lizarazu, Petit, même Boghossian, mais surtout Dugarry, et tout 98, en chœur : «Domenech, dehors !» Deschamps, celui qui vote chasse, pêche et tradition, est là, déjà prêt pour le remplacer avec ses préparateurs physiques italiens en embuscade – seulement en tant que sélectionneur (il l’a annoncé dans «Le Monde» de la veille de France-Italie espérant certainement une défaite de la France. Très élégant !), et pas comme futur mari d’Estelle (espérons que ce ne soit pas un package). Les champions du monde n’en ont pas fini avec Domenech.

Faut-il hurler avec les loups ou prendre le maquis ? Evidemment, la deuxième solution : organiser la résistance, maintenant, pour que Domenech vive son histoire, celle de toute une génération, celle naissante et celle intermédiaire sacrifiée. Le mec ouvert – et de gauche – que l’on appréciait a disparu le jour où d’autres, un soir de France-Côte d’Ivoire, ont décidé de réapparaître. Ce 5 août, c’était écrit : la génération 98 aurait sa peau. Tôt ou tard, elle reprendrait le pouvoir. Après avoir flingué Lemerre et Santini (pas vraiment des flèches, ces deux-là), c’était au tour de Domenech.

Il est peut-être temps de sauver le soldat Raymond s’il est prêt à se battre (s’il va aussi voir un bon psy et fait son mea culpa). Et, du même coup, le foot français, enfin libéré du poids des anciens légitimés par un concept illégitime, la victoire, et aussi parce que la France qui perd a son mot à dire…

Vikash Dhorasoo
Rebonds / Libération du 27/06/08

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