Les JO de Pékin sont terminés.
L’occasion de revenir sur ces jeux et les impressions laissées par les
protagonistes, sportifs, organisation, journalistes, commentateurs et…
récupérateurs.
Le réveil de l’Empire du milieu
Premier grand événement planétaire organisé par la Chine et cornaqué par les autorités chinoises, donc le tout puissant Parti Communiste (qui comme son nom ne l’indique pas forcément s’accommode tout à fait avec le capitalisme), ces jeux sont, de l’avis général, une superbe réussite sur le plan du spectacle sportif.
Bon, les cérémonies d’ouverture (oui mais ouverture à quoi ?) et de clôture ont été impressionnantes, les installations superbes (le nid d’oiseau, le cube d’eau…), la dramaturgie du spectacle sportif a été à la hauteur (et pas seulement en athlétisme), des records du monde ont été battus, bref, les ingrédients nécessaires étaient là, de la sueur et des larmes (de tristesse, de désarroi, de joie…
Mais ces jeux que l’on disait menacés par les empêcheurs de tourner en rond, Tibétains, Ouigours, Darfouris, dissidents, droits-de-l’hommistes, objecteurs de tout poil, ont finalement pu passer telle la caravane pendant que les chiens aboyaient en silence.
Les doutes des uns et des autres quant à la capacité de la Chine d’organiser cet événement ont été rapidement levés par le côté grandiose de la machinerie sino-olympique. Les couacs comme la petite chanteuse cachée, les feux d’artifice rajoutés à la palette graphique, les arbitrages limites, le poulet aux additifs divers hors du village olympique, n’ont semblé être utilisés que pour leur côté anecdotique. Pourtant, la morale garantie par la charte olympique et base de ce que l’on nous vend comme la philosophie de l’olympisme semble n’avoir pas eu beaucoup d’incidence, mais est-ce propre (si j’ose dire) à ces jeux de Beijing / Pékin ?
Chauvinismes ou nationalismes ?
La Chine et les Chinois ont souvent été dépeints par les cohortes de journalistes occidentaux comme chauvins voir nationalistes (pourtant n’est-ce pas Taiwan que l’on appelle la « Chine nationaliste » ?). Le drame national ou du moins décrit comme tel par la non participation de l’athlète favori pour le 110 m haies, à savoir Liu Xiang, a fait l’objet de commentaires assez déplacés de la part de commentateurs (excusez le pléonasme) qui ne connaissent certainement pas l’histoire de la paille et de la poutre (et ce n’est pas de la gymnastique).
La palme d’or du festival chauvin revient en France à France Télévisions. Si cela ne vaut pas une médaille d’or et ne sera pas comptabilisé au niveau du tableau des médailles, il semble qu’à chaque olympiade, le service encore public de diffusion de programmes télévisés fait de plus en plus haut (dans les envolée pseudo lyriques), plus vite (à dégainer les cocoricos), plus fort (dans la surenchère nationale). Un vrai credo olympique.
C’est bien simple, à part l’athlétisme (et pour cause…) et notamment de l’exception culturelle nommée Stéphane Diagana pour qui il existe d’autres athlètes que ceux de l’équipe de France, très peu de compétitions ont été diffusées sans Français en lice, voire sans Français avec chance de médailles. Pourtant, on nous avait serinés sur la fraternité et l’ouverture sur le monde. Raté pour France Télévisions et ses bruitages de coq en plein « cocorico » à chaque médaille d’or française… Inénarrable !
Et le sport dans tout çà ?
La mainmise de la Grande Bretagne sur le vélo, celle de la Jamaïque sur le sprint, celle de la Chine sur le ping-pong (normal ?), celle de la France en escrime, du Kenya et de l’Ethiopie sur le fond, de la Russie dans les épreuves « artistiques » (gym, natation synchronisée, lancers…) etc., semble montrer une spécialisation de chaque pays dans un « secteur du jeu ». Bon, les USA raflent des médailles partout, mais on y était habitués.
Des records à la pelle, notamment par Phelps ou Bolt. Des exploits venus d’ailleurs ? Mais les winners ne doivent pas faire oublier les champions de la « loose », célèbres et futurs déchus, ou tout simplement inconnus qui le resteront.
Le naufrage de Manaudou, montré jusqu’à plus soif, a quelque chose de rassurant dans ce monde psycho robotique dans lequel les sportifs sont programmés (pardon préparés) pour l’exploit au jour J et à l’instant T. Le pétage de plomb d’un cubain au Taekwondo, les larmes du boxeur normand Vastine, l’incompréhension d’autres sportifs sur des erreurs d’arbitrage, nous rappellent forcément la mise en scène du serment des juges arbitres lors de la cérémonie d’ouverture…
Suite à un calcul à la louche (grossier, très grossier), l’Asie remporte 185 médailles (sur 958), l’Europe plus de 450, l’Amérique du Nord 128, l’Amérique latine 30, les Caraïbes 41 (sans compter les représentants dans les équipes de GB et de France, notamment), l’Océanie 54 et l’Afrique 38. Il en manque sur le total, je vous l’accorde (raide ou à noeuds), mais où placer l’Azerbaïdjan, ou Bahrein ?
Si vous avez le temps, une petite péréquation sur le nombre de médailles par rapport à la population par zone géographique montrera que la répartition n’est pas tout à fait équitable. Un seul exemple, l’Inde (plus d’un milliard d’habitants), ne récolte que… 3 médailles. Il est vrai que le cricket n’est pas sport olympique…
Récupérations
Si la récupération est la clé du succès dans certaines épreuves, elle est aussi la clé de voute sur laquelle s’appuient les pouvoirs politiques. On se souviendra à cette occasion et avec émotion des nageuses est-allemandes ou des boycotts des jeux de Moscou et Los Angeles…
Pourtant, la récupération politique du sport n’est pas un monopole des régimes totalitaires ou idéologues musclés. La présence, voire l’omniprésence des Douillet, Lamour, Laporte, Bachelot et consorts (en un mot) dans la médiatisation hexagonale des JO. De quoi faire oublier la fonte du pouvoir d’achat pendant un moment ?
Mais soyons réalistes, la France n’a pas le monopole de la récupération politique du sport. Et là je ne citerai personne en particulier, il n’y a qu’à regarder la liste des pays médaillés…
Arrêt sur images
Pour ma part, je retiendrai de ces jeux quelques images. Une finale du 10.000 m où l’ensemble de l’Afrique de l’est (région que je connais un tantinet) est représentée (Kenya et Ethiopie, mais aussi Erythrée, Tanzanie, Rwanda, Ouganda, à l’exception du Burundi et de la Somalie), les déclarations de Daouda Sow, boxeur français après sa demi-finale, d’une fraîcheur hip hop (« je représente »), la médaille togolaise en kayak, ou encore la victoire de l’équipe antillo-guyanaise en épée.
Si c’est le dernier qui a parlé qui a raison, comme le dit l’adage, la victoire de l’équipe de France de hand, reflet de la diversité, et des propos et de l’attitude de son coach, posé et éducateur en diable, Claude Onesta (cousin du député européen vert Gérard Onesta et dont la famille a fui l’Italie fasciste de Mussolini).
Mais la plus belle image risque de venir des jeux paralympiques, avec une possible victoire de Claver Kayitare, français d’origine rwandaise, handicapé et rescapé du génocide des Tutsi du Rwanda. A suivre…
''Alors que les journalistes et consultants sportif, voire politiques,
tentent de nous vendre les jeux comme un grand moment de fraternité entre les
peuples, une seule préoccupation semble tarauder les détenteurs de la parole
cathodique…''
''Diffuseur des « Jeux » sur les
ondes hertziennes, France Télévisions et sa cohorte de chaînes permettant le
jonglage entre France 2 et 3 (exercice bien rôdé lors du Tour de France de
dopage, pardon de cyclisme ou de Roland Garros, le tournoi, pas l’aviateur), si
elles ne sont pas encore libres de spots publicitaires, nous réservent des
sacrées surprises qui ne soient pas un mix entre « Sacrée soirée » et
« Surprise, surprise »…''
Comme tous les quatre ans et peut-être
même davantage à chaque fois, il sera difficile d’échapper aux jeux Olympiques.
L’hypertrophie médiatique mondiale et son cortège omniprésent à la big brother
rend incontournables les JO, tout comme les médias français ont rendu
incontournable Sarkozy. Le cirque ne fait que commencer.
Ainsi, le
CIO a tranché : il n’y aura pas d’équipe irakienne à Pékin pour les JO.
Certes, cette équipe ne devait être composée que de 7 athlètes, comme au choix,
les sept nains de Blanche-Neige ou les sept mercenaires. En tous cas, toujours
est-il que ces sept athlètes privés de JO ne figuraient pas parmi les favoris
de leur discipline…
