Ministère pour un Monde Meilleur

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 17 septembre 2008

Cameroun 1958 : ethnisme à la française

rubenummyobe.jpgIl y a tout juste 50 ans, soit pour les amateurs de précisions synonymiques un demi siècle, cinq décennies ou encore un vingtième de millénaire, notre chère République Française alors en proie aux demandes d’indépendance insistantes des indigènes de nos colonies et en pleine guerre d’Algérie, pardon, en pleine opération de pacification du département français d’Afrique du Nord, notre chère République, donc, n’hésita pas à commettre l’irréparable sur le sol camerounais.

En 1958, la France coloniale voulut créer une sorte de jurisprudence anti anticolonialiste. L’Union des Populations du Cameroun (UPC) et son leader Ruben Um Nyobè devinrent alors des cibles prioritaires pour l’administration coloniale du pays dit des Droits de l’Homme. Mais revenons quelque peu en arrière pour resituer l’événement dans le contexte camerounais de l’époque. En 1948, soit dix ans avant notre date à l’origine du cinquantenaire, l’UPC se forme à Douala. Rapidement, Ruben Um Nyobè, par son charisme, homme intègre, grand humaniste et pacifiste convaincu ne tarde pas à mettre la puissance coloniale sur la sellette. Son projet national pour le Cameroun, s’il réclame bien sûr l’indépendance, est un projet démocratique sans soupçon d’ethnisme ni de syndrome de Fachoda. Il veut unifier les populations du Cameroun sous une bannière commune sans distinction d’ethnie ou de « colonophonie », c'est-à-dire que francophones et anglophones peuvent trouver leur place dans ce projet.

Mais le succès rapide et grandissant des thèses de l’UPC inquiète la métropole. Les visites de Ruben Um Nyobè aux Nations Unies, les manifestations des supporters de l’UPC de 1955 ne plaisent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, à l’administration coloniale. La répression va alors devenir féroce. La clandestinité devient nécessaire pour sauver sa peau. La guérilla devient le moyen de lutte face à des forces qui veulent la mort de l’UPC et de son leader. Le haut commissaire français du Cameroun qui deviendra ministre des armées deux ans plus tard puis premier ministre sous Georges Pompidou (le président, pas le musée d’art moderne) conduit une répression impitoyable. L’UPC est alors infiltrée. Ses militants sont arrêtés, torturés, déportés et assassinés. On expose leurs têtes coupées dans les rues. Les villages du sud et de l’ouest du pays particulièrement en pays Bassa et Bamiléké subissent les assauts d’une colonisation que l’on ne pressent pas comme positive : on détruit les villages, on utilise le napalm, on déplace des populations entières que l’on regroupe dans des camps pour couper tout soutien à la guérilla. La France des Lumières est en pleine guerre. Une guerre qui passera inaperçue, les « événements » d’Algérie, comme on dit pudiquement à l’époque, occupe le devant de la scène médiatique et le Cameroun est plus éloigné et moins connu des Français, alors on en profite.

Finalement, Ruben Um Nyobè est capturé, assassiné et enterré à la va-vite. Le Cameroun accède à l’indépendance en 1960 sous la tutelle de l’omniprésent Jacques Foccart. Un président ami est vite nommé, Ahmadou Ahidjo. La suite est une litanie de pouvoirs plus liberticides et corrompus les uns que les autres, jusqu’au trop long règne de Paul Biya qui deviendra président en 1982 et fêtera en novembre prochain ses 26 ans de pouvoir discontinu.

Quant à la France officielle, elle se fourvoiera en Algérie, avec le recours à la torture notamment, au Biafra, avec l’ethnisme érigé en projet de gouvernement ou encore au Rwanda où le soutien aux génocidaire fut le point culminant d’une politique « africaine » qui n’ose pas dire son nom : racisme institutionnel. Bref, une longue histoire.

Le mot de la fin au grand et essentiel Mongo Beti qui avait bien vu la tentation française de l’ethnisme : « L'ethnomanie, est ce recours extravagant, pour tout expliquer, à l'argument tribu (guerres tribales, oppositions tribales, émeutes tribales.), qui n'est pas seulement le fait de démagogues ou de dictateurs à court de pensée, mais trouve aussi des adeptes dans d'autres catégories, surtout chez les Français moyens très mal informés, comme si, en Afrique, toute réalité était d'abord tribale. »

Tribale à blanc ou tribale à noirs ?

Pour aller plus loin

- Ruben Um Nyobè vu par Cameroon Link
- Article de Libération sur le Cameroun de 1958

lundi 23 juin 2008

Consommation et relations Nord / Sud : un problème aussi écologique

yabon.jpgJe vous propose le texte de mon intervention lors du Festival pour la Terre organisé ce weekend à Repainville. Cette intervention a eu lieu dans le cadre d'un débat sur le thème "consommer autrement".

Déjà, en 1974, la campagne du premier candidat écologiste à une élection présidentielle faisait des relations Nord / Sud un enjeu majeur au cœur de la politique. Que ce soit en des termes économiques, environnementaux, sociaux, démographiques ou démocratiques, il était urgent de revoir l’interaction entre Nord et Sud sur d’autres bases que celles de l’époque.

Plus d’un quart de siècle après, non seulement rien n’a changé, mais on peut même dire que le fossé entre l’Occident et le Tiers-Monde s’est élargi dans tous les domaines, de façon proportionnelle au besoin effréné de consommation au Nord. Ainsi, par exemple, le coût croissant de l’énergie pénalise au Sud les pays les plus pauvres, et au Nord les citoyens les plus pauvres.

Cette intervention ne prétend pas balayer tous les problèmes vécus dans les pays du Sud posés par une hyperconsommation là où on peu se le permettre en étant exhaustive. C’est une modeste contribution visant à montrer que nos modes de consommation actuels ont, et ont eu, des répercussions très diverses sur les habitants des pays du Sud et sur leur environnement.

Four Hundred Years

Si on prend pour postulat de départ la définition communément que « L'écologie est la science qui étudie les milieux et les conditions d'existence des êtres vivants et les rapports qui s'établissent entre eux et leur environnement », alors on peut considérer que l’esclavage à grande échelle a eu des impacts qui ont transformé l’environnement autre qu’humain.

Les pays privés pendant 400 ans de leurs forces vives par la traite ont pu mesurer les nombreux effets de ce crime contre l’humanité sur leurs paysages. Les contacts commerciaux établis sur les côtes, les « comptoirs », ont crée un appel d’air économique qui a vu toujours plus de densité de population au dépens de l’intérieur des terres lieux de capture des esclaves potentiels. Sur 4 siècles, on imagine l’effet sur les pays notamment en bordure du Sahara, c'est-à-dire une déforestation progressive et proportionnelle aux saignées opérées dans les peuples par les marchands de « bois d’ébène ». Désertification assurée. Responsable direct : l’esclavage.

En Afrique « anglophone » et orientale, un schéma identique se produit, même si les conditions géographiques et climatiques atténuent la violence environnementale. Les côtes ont pompé le sang de l’intérieur des terres. La colonisation a fait le reste.

D’autre part, dans les nouvelles colonies, terres d’exportation de cette « cargaison », les paysages et les équilibres écologiques ont pu être bouleversés. Haïti n’a plus d’arbres aujourd’hui, pourquoi ? Si on n’y avait pas « importé » contre leur gré des esclaves, quel serait aujourd’hui le paysage haïtien.

Quant à la population caribéenne d’origine, elle n’a pas résisté à la colonisation européenne et des peuples, comme les Arawaks ou les Tainos ont disparu de la surface de la Terre. En quoi, cela serait-il moins grave qu’une espèce végétale ou animale ?

  • Conséquences
  • Ecologiques : Désertification, déforestation…
  • Solidaires : Génocides, mortalité, éducation…
  • Démocratiques : Esclavage, racisme…

La colonisation, y’a bon ! Non, y’a pas bon !

La période suivante, qui a pu d’ailleurs se superposer à la période de l’esclavage, a vu la pénétration des forces colonialistes vers l’intérieur des terres pour un objectif unique, tirer le maximum des ressources forestières, minières ou agricole des pays colonisés.

Si au début du 20ème siècle, la SDN a posé quelques règles en matière de devoirs des puissances coloniales (santé, éducation, infrastructures…), ces règles étaient bien timides et ne garantissaient aux « indigènes » que le strict minimum dans le meilleur des cas.

Ainsi, le cas du Congo Belge est éclairant à plus d’un titre. D’abord, attribué au Roi des Belges (Léopold 1er) en tant que propriété personnelle, le Congo qui s’est d’abord appelé « Etat Libre du Congo » a été mis en valeur pour le seul profit de Léopold. La SDN qui commencera à s’émouvoir demandera timidement des investissements modestes pour le bénéfice des populations. Pensant avoir su tirer du sol, du sous-sol et de la force de travail des Congolais le maximum, Léopold refourguera le bébé à la Belgique en 1908 tout en continuant à piller le pays par l’intermédiaire des sociétés minières notamment.

L’éducation se limitera au minimum pour les garçons comme pour les filles. La construction du chemin de fer se fera, non pour des voyageurs, mais pour les marchandises, bien sûr, destinées à la puissance coloniale.

Ce sera également le début de l’agriculture d’exportation, café, cacao, fruits, manioc… Les colonies apportant par exemple les bananes du Banania et le manioc du tapioca qui permit à la génération née pendant la seconde guerre mondiale à recevoir suffisamment de calories dans une Europe dévastée. On pourrait bien sûr rappeler la présence des anciens combattants originaires d’Afrique qui constituèrent la colonne vertébrale de la 2ème DB.

Puis, la paix revenue en Europe, les massacres de Sétif ou de Madagascar rappelèrent aux colonisés leur statut et leur impossible (à l’époque) accès à l’indépendance.

Ces cultures de rente et cette exploitation des ressources minières auront la vie dure… jusqu’à aujourd’hui. Malgré les tentatives de certains députés de droite de présenter la colonisation sous un aspect positif, l’Afrique Noire notamment était bien mal partie comme l’avait annoncé René Dumont à l’aube des années 60.

  • Conséquences
  • Ecologiques : surexploitation des terres, pillage du sous-sol…
  • Solidaires : colonialisme, utilisation des colonies comme réservoir
  • Démocratiques : citoyenneté de seconde zone, racisme institutionnel…

Le néo-colonialisme, à bas !

Les indépendances qui ont commencé à fleurir à la fin des années 50 donneront un véritable espoir aux peuples. Cet espoir sera rapidement déçu par la gestion indirecte exercée par les puissances coloniales. La France et l’Afrique formeront rapidement un couple, appelé Françafrique, qui sera pour les dirigeants hexagonaux et africains le moyen de prélever un gros pourcentage sur ce qui aurait dû revenir aux citoyens.

Les velléités d’indépendance économique et de rectification des termes de l’échange se verront sanctionnées par la France ou l’Angleterre, notamment sur le prix du café ou du cacao, côtés à la bourse de Londres. René Dumont a également dénoncé ce fait qui, à cause du besoin de devises, a renforcé l’agriculture d’exportation aux dépens de l’agriculture vivrière.

Les anciennes puissances coloniales favoriseront les guerres entre pays, les conflits ethniques, l’ethnisme en arrosant notamment l’Afrique d’armes, de munitions et de sous-munitions diverses et mortelles. Un pays en guerre est plus facile à piller qu’un pays en paix. De plus, les famines, parfois surmédiatisées (Biafra, Ethiopie, Niger…) ont des causes autant politiques que climatiques.

Il est difficile aujourd’hui d’admettre que les anciennes colonies ont eu une indépendance effective. La tutelle de l’ancienne métropole coloniale n’a pas totalement disparu et a souvent été épaulée ou remplacée par celle de la Banque Mondiale ou du FMI, forçant les pays du Sud à des privatisations massives ou le dégraissage de la fonction publique.

  • Conséquences
  • Ecologiques : monocultures et insuffisances alimentaire, destruction des forêts…
  • Solidaires : famines
  • Démocratiques : dictatures, conflits, guerres

Notre consommation se répercute ailleurs

La colonisation économique continue pour que nous puissions remplir nos réservoirs avec des carburants venant du pétrole congolais ou nigérian, pour que nous puissions manger des haricots verts frais du Kenya en plein hiver, ou que nous puissions offrir des rivières de diamants libériens.

Nos besoins sont bien souvent les causes des malheurs des citoyens des pays du Sud, notamment africain. Ainsi, il est reconnu aujourd’hui sur le continent que la richesse du sous-sol, loin d’apporter du confort aux peuples, apporte souvent le malheur, dictatures, pénuries alimentaires ou énergétiques.

Le contexte de crise mondiale de l’énergie ou de crise alimentaire pénalise beaucoup plus fortement les pays en voie de développement et leurs habitants. D’ailleurs les récentes émeutes de la faim on souvent commencé par des manifestations contre les hausses de prix de l’énergie (carburant, charbon de bois…). Pour chaque goutte de pétrole, combien de gouttes de sang ? Pour chaque meuble en bois « exotique » combien d’arbres coupés et d’espèces végétales et animales disparues ?

Le Sud et notamment l’Afrique ne réclament pas la charité, ni même la solidarité, mais tout simplement le droit, la justice permettant de trouver sa place dans le monde économique sans continuer à se faire piller en toute impunité par des dirigeants qui, ici et là-bas, développent surtout leurs comptes numérotés en Suisse.

Pensons à ce que nous consommons et comment nous consommons. Chaque citoyen peut agir en privilégiant la quantité à la qualité, en pensant aux achats éthiques et au commerce équitable.

Je terminerai avec une citation de « Le développement comme colonialisme » d’ Aimé Césaire :

" On me parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de route, de canaux, de chemin de fer. Moi je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan chemin de fer. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés. Moi je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières. "

jeudi 22 mai 2008

Repeindre la Maison Blanche ?

obama.jpgQuarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, quarante-trois ans après celui de Malik El Shabbaz a.k.a. Malcolm X, les Etats-Unis d’Amérique sont sur le point d’envoyer un Noir (enfin, vu comme tel) à la Maison Blanche. Barack Obama réussira-t-il à transcender les clivages « raciaux » comme on dit au pays de l’oncle Sam et de l’oncle Tom réunis ?

Il n’aura échappé à personne que le candidat qui sera vraisemblablement choisi par le Parti Démocrate ne correspond pas au profil type d’un occupant de la Maison Blanche. En effet, Obama est le premier candidat à l’élection présidentielle de l’ère moderne à avoir découvert le monde extérieur au territoire américain avant son élection en vivant à l’étranger. Ainsi, George W Bush a-t-il commencé à voyagé au-delà de ses propres frontières une fois élu.

Mais Obama ne possède pas uniquement cette originalité, vous l’aurez certainement remarqué. Ainsi, s’il est élu, il sera certainement le premier président américain à être issu d’un couple dont un des deux membres n’est (ou n’était) pas de nationalité américaine. On peut même dire qu’il est issu de deux, voire trois, le beau-père de son enfance étant indonésien. Ce sera également très certainement le premier président US à avoir une grand-mère vivant dans un village au Kenya. Dans la série des « premières », il risque fort d’être également le premier président (toujours US) à avoir un patronyme avec une consonance qui ne soit pas anglo-saxonne. Bref, les zuhèssas ont la possibilité de changer radicalement le profil type du white anglo saxon protestant, le WASP, qui a toujours prévalu, la parenthèse catholique incarnée par JF Kennedy ayant pris fin avec la course d’une balle magique dans les rues de Dallas.

Alors, bien sûr, j’en entends derrière leur poste de radio (ou leur écran d’ordinateur) se dire, mais va-t-il le dire ‘ou l’écrire) ou pas ? Dire quoi ? Le mot « Noir ». Car, vous l’aurez également remarqué, Barack est le premier « Noir » à avoir une chance sérieuse d’occuper la Maison Blanche, ont répété et martelé les médias. Certes, le taux de mélanine du candidat est une autre de ses particularités, et à ce propos, Jesse Jackson se souvient encore de ses essais ratés pour obtenir l’investiture démocrate. Comment donc aborder le sujet pour un homme qui est Noir, certes, mais également Blanc ?

On peut donc, à l’instar (comme on dit à Hollywood) des commentateurs autorisés se dire qu’Obama a réussi à transcender la barrière de la couleur, la fameuse « color line » en rassemblant sur sa candidature des Noirs et des Blancs. On pourrait même peut-être faire un rêve éveillé, le rêve d’une Amérique qui permette aux deux communautés de se doter d’un projet commun, un projet métissé. Mais, ne pêchons pas par excès d’optimisme.

Enfin, rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire, ou plutôt rendons à Barack ce qui appartient à Obama, les électeurs des primaires et caucus démocrates l’ont choisi en fonction de sa vision politique, les propositions viendront pendant la campagne contre McCain, le candidat qui pourrait à son tour perdre la frite qui l’anime. L’opposition entre Barack Obama et Hilary Clinton durant cette série de primaires permet d’envisager que le choix des démocrates s’est effectué finalement hors du critère « race » ou « sexe » mais sur deux personnalités et deux visions « générationnelles » de cette partie d’Amérique.

Le mot de la fin à Malcolm X qui a déclaré peu de temps avant son assassinat : « Il faut reconnaître tout être humain, sans chercher à savoir s’il est blanc, noir, basané ou rouge ; lorsque l’on envisage l’humanité comme une seule famille, il ne peut être question d’intégration ni de mariage inter-racial

Et si Obama était un homme, tout simplement ?

jeudi 15 mai 2008

Début de la fin des émeutes ou début des émeutes de la faim ?

emeutes-de-la-faim.jpgNotre planète, le troisième caillou à partir du soleil comme disait Jimi Hendrix, est plus petite qu’on ne l’imagine et ne tourne pas si rond que çà. La contradiction posée par un mode de développement de type « occidental » fait que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus mal barrés…

Ainsi, depuis quelques semaines, nous « savons » (non, je ne dirai pas de Marseille…) que la famine rôde autour des populations du Sud telle un marabout, l’oiseau, autour des ordures. Les commentateurs autorisés dont je m’autorise à faire partie en apportant au, choix, ma brique lancée contre un édifice en sable, mon pavé de 68 gardé au frais pendant quarante ans, du poil à gratter ou encore le morpion dans le slibard comme le disent si bien nos amis du Ministère des Affaires Populaires, les commentateurs autorisés, donc disais-je avant d’être interrompu par moi-même, pointent l’imminence d’une catastrophe alimentaire planétaire.

Car les émeutes de la faim, comme on les a appelées, risquent de devenir des émeutes de la fin pour un certain nombre de citoyens du monde vivant entre les tropiques. La FAO, l’ONU, le FMI, voire le PNUD ou encore le CICR, bref, tous sont à la fois en alerte devant ce nouveau désordre économique et effarés par l’ampleur annoncée des dégâts qui risquent de se produire. La prise de conscience par le FMI ou la Banque Mondiale semble telle par la lecture ou l’écoute des commentaires de leurs représentants que, effectivement, la situation est certainement encore plus catastrophique que l’on ne pense.

Les causes de cette disette et bientôt famine générale sont diverses et même variées (merci encore pour ce pléonasme). On citera donc en vrac et dans le désordre la production massive d’agro carburants –et ce n’est qu’un début-, la spéculation sur les matières premières y compris alimentaires (n’est-ce pas mon cher Watson ?), la hausse du prix des énergies fossiles, le dérèglement climatique et, ajoute dans mon oreillette cette chère Hélène Carrère d’Encausse, académicienne russophile et peut-être bien négrophobe, la polygamie dans nos banlieues. Certes, à part les délires de notre immortelle, tout le reste est certainement vrai. Mais que trouve-t-on derrière tout çà, c’est une bonne question et nous essaierons d’y répondre.

Ainsi la production d’agro carburants, censée résoudre la crise énergétique, en prenant des surfaces cultivables aux cultures vivrières ajoute à la pénurie et donc facilite la spéculation. On a vu il y a quelques mois les résultats de cette technique commerciale dans un pays, le Niger, ou la famine, nonobstant les théories sur la bite des Noirs chères à feu Pascal Sevran, a frappé alors que les proches du pouvoir faisaient grimper les prix pour, bien sûr, toujours plus de profits. Le fameux « spéculer plus pour profiter plus ». Imaginons donc les effets au niveau mondial de cette spéculation dans une économie agro-alimentaire fragilisée… Quant à la production d’agro carburants qui devait être la solution miracle à la raréfaction des énergies fossiles, elle a fait long feu et a même été qualifiée de « crime contre l’humanité » (nous toutes et tous, pas l’organe officiel du PCF) par Jean Ziegler, ressortissant helvétique et néanmoins tiers-mondiste. Car vouloir préserver le mode de vie occidental en matière de confort est la cause du prix élevé, ô combien, du pétrole, de l’uranium, du gaz, et donc du choix de préférer le carburant à la bouffe, et donc à la survie de peuplade peu motorisées… Ajoutons à cela le dérèglement climatique qui se nourrit, lui, des émissions de gaz à effet de serre pour perturber la météo et on verra que le mode de développement occidental et bientôt asiatique mène le peuple à la faim et le monde à sa fin.

Alors, on se permettra de stigmatiser ce soir la volonté du gouvernement de la République du Congo B de vouloir produire massivement dans les régions du Nord, de l’Ouest et de l’Est de la canne à sucre pour produire, en sus du pétrole, des agro carburants. Les populations voisines du Cameroun, de RDC ou de Centrafrique apprécieront très certainement cette reconversion annoncée de l’agriculture congolaise. S’ils ne pourront manger plus, ils pourront au moins rouler plus…

Enfin, cette crise alimentaire mondiale, mais un peu plus pour certains que d’autres, n’est pas la seule cause du malaise planétaire. Après le pillage de leurs matières premières, celui de la matière grise des pays du Sud risque d’aggraver encore davantage la situation. Le mot de la fin et de la faim au regretté René Dumont, qui, il y a 35 ans, en 1973, dans son livre « L’utopie ou la mort » estimait que : « Au moment où la mobilité de la population mondiale apparaît le plus nécessaire, on assiste à la limitation de plus en plus accentuée de tous les déplacements. Le freinage récent de ces migrations cherche à ne laisser entrer en pays riches que les plus instruits, dont on prive ainsi indûment les pays attardés, qui en ont d'ailleurs fort peu. Ce drainage des cerveaux coûte à peu près aussi cher aux pays dominés que le pillage économique exercé à leur encontre. »

Et oui, en politique, le hasard n’existe pas.

mardi 13 mai 2008

Primonde : rencontre ce soir avec Didier AWADI au Hangar 23

awadi.jpg Une longue journée que ce mardi 13 mai... Longue et attendue, car elle se concluera par la rencontre avec un artiste engagé, parfois enragé, que j'apprécie beaucoup. Cette rencontre avec Didier Awadi, puisque c'est de lui qu'il s'agit, se fera en public et en direct du Hangar 23, le tout diffusé sur les ondes du Mix des Cultures, Radio HDR (99.1 sur la bande FM et www.radiohdr.fr sur le web).

Didier Awadi, ancien du groupe Positive Black Sound est un artiste sénégalais hip hop qui aime mélanger (ou mixer !) les cultures pour faire avancer les choses n'a pas peur de s'engager dans des combats militants. Le dernier en date est une remise en question des Accords de Partenariat Economique entre l'UE et les pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) : cliquez ici pour en savoir plus.

L'édition spéciale de l'émission Primonde aura lieu de 19h10 à 20h30 en direct de la scène du Café Duchamp au Hangar 23 et se terminera par la diffusion exceptionnelle en "direct live" des 3 premiers morceaux du concert de Didier Awadi intitulé "Présidents d'Afrique".

awadi3.jpg


Pour aller plus loin

mercredi 7 mai 2008

Sarkozy et le sombre continent : un an de lésions dangereuses

sarkoafrique.jpgDifficile d’échapper en ce moment à l’inévitable bilan de la première année du règne de Nicolas Premier, tsarkozy de France, de Navarre, des dominions ultramarins et de la Françafrique. C’est donc avec un plaisir non dissimulé et la bonne (et mauvaise) foi qui caractérise ces billets que je vais tenter à mon tour de dresser un bilan de l’action gouvernementale, présidentielle et pipolitique de cette année écoulée à la lumière -noire, forcément- de l'Afrique

Ainsi donc, notre président, notons au passage que le « notre » devant président tient plus de la figure de style que d’une réalité, comment dire, réelle, « notre président », donc disais-je avant d’être interrompu par moi-même dans une digression coutumière, fête donc sa première année à la tête de l’Etat par un florilège de sondages tous pires les uns que les autres pour sa « grandeur » (si j’ose dire), ou tous meilleurs, et de plus en plus, si on se place dans un anti-sarkozisme primaire et ma foi de bon aloi.

En effet, le petit président, je dis « petit » vu sa taille dans les sondages, a commencé très tôt à rompre avec la rupture promise et annoncée. Sa sortie du Fouquet’s (fucket’s in english ?) pour monter dans un jet privé appartenant à Vincent Bolloré en direction de Malte où l’attendait le Paloma, yacht privé appartenant à Vincent Bolloré augurait mal de la volonté du candidat de rompre avec les « réseaux d’un autre temps » de la Françafrique.

Lire la suite...

mardi 29 avril 2008

La malaria tue plus d’un million d’enfants chaque année

malaria.jpgLe 25 avril dernier a eu lieu la première « Journée Mondiale de lutte contre le paludisme » à l’initiative de l’OMS.

Selon l’organisation, un enfant meurt toutes les 30 secondes du paludisme / malaria dans le monde, dans les régions tropicales.

Rapide calcul

Un enfant toutes les 30 secondes, cela fait donc 2 enfants par minute, soit 120 par heure ou encore 2.880 par jour.

Ce qui fait donc 1.051.800 chaque année (non bissextile…).

Soit plus d’un million par an, ou pour aller vite 10 millions d’enfants qui meurent de malaria sur une période de 10 ans. Généralement en silence…

C’est énorme. Pourquoi ?

Parce que… Parce que les traitements ne rapportent pas assez à l’industrie pharmaceutique ? Parce que la politique médicale a fait que les souches de malaria sont de plus en plus résistantes aux médicaments ? Parce que l’état sanitaire de beaucoup de pays suit l’état de la dette ? Parce que ce n’est pas assez spectaculaire ?

Une maladie de pays pauvres ?

Comme d’autres maladies (dengue, chikungunya…), le paludisme sévit dans des « contrées » si lointaines qu’il n’est pas la priorité pour des labos qui font le principal de leurs profits sur les marchés solvables et sur les médicaments dits « de confort ».

Soit finalement, une recherche au ralenti, beaucoup plus que pour le Sida qui, lui, sévit aussi dans les pays riches...

Et les effets de tout çà ?

Outre les décès, la maladie (et je peux en témoigner pour en avoir été atteint) affaiblit les organismes et empêche toute « productivité ». On imagine non sans mal la conséquence sur le développement déjà fragile pour d’autres causes de beaucoup de pays où la malaria sévit.

Un vaccin en cours de développement se fait toujours attendre. Il faudrait selon le docteur Pierre Druilhe, directeur de l'unité de parasitologie biomédicale de l'Institut Pasteur de Paris, deux milliards de dollars supplémentaires pour que le programme mondial de lutte contre le paludisme ait les moyens de ses ambitions.


Pour en savoir plus

Le Global Malaria Programme sur le site de l’OMS (en anglais)

mardi 22 avril 2008

Aide alimentaire

Réaction de Cécile Duflot, le 18 avril 2008

ricebag.jpgN.Sarkozy vient dans l’urgence de promettre le doublement de l’Aide Publique au Développement comme il l’avait promis déjà lors de sa campagne électorale, comme son prédécesseur J. Chirac l’avait déjà promis... en réalité avec 7,2 milliards d’euros alloués en 2007, l’APD française a diminué de 16% en termes réels, alors que, la même année, l’Espagne a accru son aide de près de 34%.

Alors que la France assurera la présidence de l’UE au second semestre 2008, l’aide française est l’une de celle qui a le plus fortement chuté en 2007 au sein de l’UE, en passant de 0,47% de son RNB 2006 à 0,39% en 2007.

Sans les réels efforts des régions françaises (sous l’ impulsion des élu-e-s Verts), cette baisse serait encore plus forte. Au dela de cette aide nécessaire c’est tout notre mode de développement qu íl faut changer radicalement.

Au moment où se réunissent à Paris les 16 pays responsables de 80% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde qui une fois de plus ne prendront aucun engagement crédible, il est urgent que les gouvernements changent de logiciels de pensée.

Le Tiers-Monde paye le prix de la libéralisation des marchés agricoles qui a détruit les agricultures paysannes en les exposant à la concurrence de produits agricoles bradés sur le marché mondial.

L’absence de volonté écologiste de nos gouvernements a délaissé le combat prioritaire contre le dérèglement climatique, abandonné les conséquences de la raréfaction de l’eau au marché et ignoré l’extinction de la biodiversité.

Il faut rompre avec le modèle unique d’une agriculture productiviste privilégiant les cultures d’exportation des groupes agro-alimentaires au détriment des cultures vivrières.

Il faut choisir la souveraineté alimentaire et donc rompre avec la dépendance aux firmes multinationales et les lobby pro -OGM et pro-agrocarburants.

Ceux qui meurent de faim payent le prix de trente ans d’idéologie néo-libérale, de court-terme et de laisser-faire, d’une société consumériste encourageant le gaspillage et d’une croyance illimitée au mythe de la croissance.

Il est urgent d’agir réellement :

  • Il faut tout de suite annuler la dette des pays du Sud.
  • Nous appelons à la réunion dans les plus brefs délais d’un nouveau Sommet de la Terre qui aura pour but de lutter contre la spéculation, d’initier un plan d’appui aux paysans plutôt qu’aux grandes industries agro-alimentaires et d’organiser un échange des savoirs et le transfert de connaissances agricoles.

Ce plan sera financé par une taxe mondiale de solidarité sur les transactions financières et les ventes d’armes.

L’Union Européenne doit lancer rapidement une véritable réforme de la PAC et cesser ses subventions aux groupes agro alimentaires.

Pour respecter l’engagement européen des 0,7% du RNB d’ici 2015, en France une hausse annuelle des crédits budgétaires de 1,5 milliard d’euros est nécessaire.

Cécile Duflot
Secrétaire Nationale des Verts

jeudi 17 avril 2008

Partir... à la manière d'Aimé Césaire

Le grand, l'immense Aimé Césaire vient de nous quitter. Les militants anticoloniaux sont aujourd'hui orphelins d'un père spirituel mais riches d'un héritage inestimable...

aime_cesaire.jpg

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot ?

Aimé Césaire
Cahier du retour au pays natal

mardi 15 avril 2008

Tiens, voilà la crise mondiale !

refugeecamp.jpg "Quand on lance, aux Etats-Unis, grâce à 6 milliards de subventions, une politique de biocarburant qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d'un crime contre l'humanité pour sa propre soif de carburant".

Le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, a accusé les pays occidentaux d’être responsable en partie de la crise alimentaire mondiale qui ne fait pas que se profiler à en croire les signaux d’alarmes lancés de plus en plus fréquemment ces derniers jours.

Vaut mieux tard…

Encore une fois, il aura fallu attendre les émeutes qui se sont multipliées dans les pays du Sud pour que nous parvienne la prise de conscience de l’ONU, des ONG ou des organisations supra gouvernementales, qui du FMI à l’UE, de l’UA à la Banque Mondiale (qui au passage nous épargne de la litanie des sigles) nous font comprendre à leur manière le sérieux de la situation face à laquelle le village planétaire commence à faire face.

Lire la suite...

lundi 14 avril 2008

Zimbabwe : vers un scénario "à la kenyane" ?

zimbabwe03.jpgPlus de deux semaines après les élections présidentielle et législatives qui se sont déroulées au Zimbabwe, les résultats ne sont toujours pas connus. La plus grande confusion semble régner dans le pays chanté autrefois par Bob Marley au moment de la guerre d’indépendance…

No more internal power struggle;
We come together to overcome the little trouble.
Soon we'll find out who is the real revolutionary,
'Cause I don't want my people to be contrary.”

Internal power stuggle

Alors que le MDC (Movement for a Democratic Change) de Morgan Tsvangirai déclare avoir gagné l’élection présidentielle avec plus de 60% des suffrages, le parti de Robert Mugabe, le Zanu-PF, se déclare prêt à aller au second tour de l’élection.

Lire la suite...

mercredi 9 avril 2008

Arche des Zozos : Breteau retrouve la parole

barbouzes.jpgBeaucoup aura été dit ou même écrit sur l’équipée sauvage de l’Arche de Zoé au pays d’Idriss Deby. On ne compte plus articles et reportage sur les zozos et leur étrange conception du travail humanitaire en des contrées lointaines, forcément lointaines…

Depuis qu’il a été gracié par notre ami le dictateur, le gourou de l’association, Eric Breteau, se met à parler, à beaucoup parler, son expression étant proportionnelle au nombre de micros et de caméras lui tendant la main, si j’ose dire.

Là encore, les déclarations de celui qui fut dans un passé pas si lointain jugé et condamné par la Justice tchadienne, s’avèrent proportionnelles au silence forcé dans le geôles tchadiennes dudit Breteau. Et il balance. Comme le petit Larousse qui semait à tout va. Et il aligne, quelques cibles aussi médiatiques que lui voire plus, à savoir Cécilia Sarkozy (qu’il a d’ailleurs peut être contactée pas SMS ?), Rachida Dati (peut-être croisée dans les couloirs de Dior ?), Catherine Pégard (une ancienne journaliste devenue conseillère à l’Elysée, pour services rendus pendant la campagne ?), ou encore Rama Yade (celle dont on se demande encore à quoi elle sert entre deux démentis) et son « patron », Bernard Kouchner, le mari de Mme Ockrent, qui pourrait bien démissionner pour ne pas gêner son épouse à la tête de France Monde.

Lire la suite...

- page 2 de 4 -