En attendant le petit matin de
mercredi et le verdict des urnes et des machines à voter, je vous ressers ma
chronique de l'émission Primonde du 22 mai dernier. C'était au début de la
campagne, avant le krach boursier... Bonne lecture.
Quarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, quarante-trois ans
après celui de Malik El Shabbaz a.k.a. Malcolm X, les Etats-Unis d’Amérique
sont sur le point d’envoyer un Noir (enfin, vu comme tel) à la Maison Blanche.
Barack Obama réussira-t-il à transcender les clivages « raciaux »
comme on dit au pays de l’oncle Sam et de l’oncle Tom réunis ?
Il n’aura échappé à personne que le candidat qui sera vraisemblablement
choisi par le Parti Démocrate ne correspond pas au profil type d’un occupant de
la Maison Blanche. En effet, Obama est le premier candidat à l’élection
présidentielle de l’ère moderne à avoir découvert le monde extérieur au
territoire américain avant son élection en vivant à l’étranger. Ainsi, George W
Bush a-t-il commencé à voyagé au-delà de ses propres frontières une fois
élu.
Mais Obama ne possède pas uniquement cette originalité, vous l’aurez
certainement remarqué. Ainsi, s’il est élu, il sera certainement le premier
président américain à être issu d’un couple dont un des deux membres n’est (ou
n’était) pas de nationalité américaine. On peut même dire qu’il est issu de
deux, voire trois, le beau-père de son enfance étant indonésien. Ce sera
également très certainement le premier président US à avoir une grand-mère
vivant dans un village au Kenya. Dans la série des « premières », il
risque fort d’être également le premier président (toujours US) à avoir un
patronyme avec une consonance qui ne soit pas anglo-saxonne. Bref, les zuhèssas
ont la possibilité de changer radicalement le profil type du white anglo
saxon protestant, le WASP, qui a toujours prévalu, la parenthèse
catholique incarnée par JF Kennedy ayant pris fin avec la course d’une balle
magique dans les rues de Dallas.
Alors, bien sûr, j’en entends derrière leur poste de radio (ou leur écran
d’ordinateur) se dire, mais va-t-il le dire ‘ou l’écrire) ou pas ? Dire
quoi ? Le mot « Noir ». Car, vous l’aurez également remarqué, Barack
est le premier « Noir » à avoir une chance sérieuse d’occuper la
Maison Blanche, ont répété et martelé les médias. Certes, le taux de mélanine
du candidat est une autre de ses particularités, et à ce propos, Jesse Jackson
se souvient encore de ses essais ratés pour obtenir l’investiture démocrate.
Comment donc aborder le sujet pour un homme qui est Noir, certes, mais
également Blanc ?
On peut donc, à l’instar (comme on dit à Hollywood) des commentateurs
autorisés se dire qu’Obama a réussi à transcender la barrière de la couleur, la
fameuse « color line » en rassemblant sur sa candidature des Noirs et
des Blancs. On pourrait même peut-être faire un rêve éveillé, le rêve d’une
Amérique qui permette aux deux communautés de se doter d’un projet commun, un
projet métissé. Mais, ne pêchons pas par excès d’optimisme.
Enfin, rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire, ou plutôt rendons à
Barack ce qui appartient à Obama, les électeurs des primaires et caucus
démocrates l’ont choisi en fonction de sa vision politique, les propositions
viendront pendant la campagne contre McCain, le candidat qui pourrait à son
tour perdre la frite qui l’anime. L’opposition entre Barack Obama et Hilary
Clinton durant cette série de primaires permet d’envisager que le choix des
démocrates s’est effectué finalement hors du critère « race » ou
« sexe » mais sur deux personnalités et deux visions
« générationnelles » de cette partie d’Amérique.
Le mot de la fin à Malcolm X qui a déclaré peu de temps avant son
assassinat : « Il faut reconnaître tout être humain, sans
chercher à savoir s’il est blanc, noir, basané ou rouge ; lorsque l’on
envisage l’humanité comme une seule famille, il ne peut être question
d’intégration ni de mariage inter-racial.»
Et si Obama était un homme, tout simplement ?