Mon élection à Bois-Guillaume
comme conseiller municipal Vert revêt pour moi une signification toute
particulière en rapport avec mon histoire familiale. En voici une partie, celle
de l’origine des liens qui me rattachent à Bois-Guillaume.
World War II
La vie est ainsi faite que parfois la « petite » et la
« grande » histoire se rejoignent. La seconde guerre mondiale a
laissé une empreinte dramatique dans la vie de millions de gens. Dans notre
région, l’exode, les prisonniers de guerre retenus en Allemagne, les rafles
opérées par la police de Vichy et le travail de la gestapo contre les Juifs et
les résistants, les bombardements alliés du Havre et de Sotteville, mais aussi
le débarquement à Dieppe et la libération de nombreuses communes par des
Canadiens, ont laissé de nombreux souvenirs dans les mémoires familiales et ont
parfois changé le cours de la vie de ces familles haut normandes.
Mon grand-père maternel a été rapidement fait prisonnier comme une bonne
partie de l’armée française en 1940 (mon grand-père paternel lui, avait été
résistant et avait caché dans son étable un para canadien qui avait participé
au débarquement avorté à Dieppe en août 42, alors qu’un soldat allemand logeait
dans une chambre réquisitionnée de la maison à 30 m de là, mais c’est une autre
histoire…).
Son séjour en camp de prisonniers de guerre (avec le KG en lettres blanches
dans le dos, comme Fernandel dans La Vache et le Prisonnier) fut le pendant de
ce qu’avait vécu ma grand-mère ici. D’abord l’exode, à pied avec ma mère dans
un landau, jusque dans la Sarthe au début et les bombardements destructeurs de
la nuit du 18 au 19 avril 1944 qui avait entièrement détruit la rue où elle
habitait à Sotteville, sa maison donc, mais aussi les vies de tous ses
voisins.
Si ma mère, ma grand-mère et mon arrière grand-mère ont survécu, c’est grâce
à un concours de circonstances. En effet, ma grand-mère avait rencontré par
hasard à Rouen la veille la « patronne » de mon arrière-grand-mère
chez qui elle dispensait ménage et repassage. Cette « grande
bourgeoise » rouennaise qui faisait partie d’un réseau de la Résistance
l’avait averti de l’imminence de ces bombardements et toute la famille s’était
réfugiée à Bihorel chez un oncle.
Ma grand-mère avait assisté du plateau nord à ce feu d’artifice létal et
avait constaté le lendemain la destruction de sa maison et la mort des
habitants de la rue.
Plan Marshall et logements sociaux
Après la guerre, le plan Marshall
avait permis de pallier à des problèmes de logements. De nombreuses maisons
préfabriquées provisoires avaient été livrées et érigées dans l’agglo
rouennaise. En 1948, une cité de 8 maisons de ce type fut inaugurée à
Bois-Guillaume. Mes grands-parents ont inauguré ce jour-là leur maison neuve
qui leur était louée par le Ministère de Anciens Combattants qui leur permis de
l’acheter des années plus tard. Cette cité de logements sociaux s’appelait
« Cité Américaine » et est aujourd’hui la rue Jacques Cartier. La
classe sociale de mes grands-parents ne leur aurait pas permis de posséder leur
logement à Bois-Guillaume sans les circonstances historiques dramatiques dues à
la seconde guerre mondiale.
Des racines et des ailes
J’ai grandi en courant ou jouant
dans le jardin de ma grand-mère. J’y habite aujourd’hui avec mon épouse et mes
enfants qui sont la 5ème génération de la famille à y vivre (mon
arrière-grand-mère étant venue habiter ici à la mort de mon grand-père).
J’ai beaucoup pensé à mes grands-parents ces derniers jours (même si je n’ai
pas eu la chance de connaître mon grand-père). Petit-fils d’un chauffagiste
SFIO et syndiqué et d’une femme de ménage qui a aussi été un temps ouvrière
chez Queval à Bihorel, je me sens dépositaire de cet héritage familial à la
fois géographique, historique, politique et social me liant à ma ville.
J’y ai grandi, joué au foot à l'USCB dans les années 70 (déjà Allez les
Verts !, on était fier de jouer avec les mêmes couleurs que le Saint-Etienne de
76, pas le département, le millésime ASSE), étudié (au collège), j’en suis
parti, j’ai même vécu quelques années dans un pays d’Afrique anglophone.
Je suis finalement revenu à Bois-Guillaume où je vis et je travaille
aujourd’hui et où donc, depuis dimanche je suis élu municipal de Gauche,
Vert.
Mon travail d’élu sera très certainement marqué par mes racines, mon
histoire familiale. J’essaierai d’être digne de cet héritage pour que mon
grand-père et ma grand-mère, aujourd’hui au paradis des travailleurs et des
honnêtes gens, aient des raisons d’être fier de leur petit-fils…