Alors que parmi 60 millions de
consommateurs hexagonaux, un certain nombre n’ont plus d’intérêt que pour les
soldes dans les magasins, boutiques ou sur le web, les zimbabwéens assistent
impuissants à la grande braderie de la démocratie par le vétéran Robert
Mugabe.
Le leader incontesté du Zanu-PF (Zimbabwe African National Union – Patriotic
Front) mais pas le leader incontestable de l’ancienne Rhodésie du Sud a donc
fini par user les velléités d’accession à la présidence de Morgan Tsvangirai
qui, tel un boxeur ayant pris une série de coups divers et répétés, a jeté
l’éponge dans un combat trop inégal. Pourtant, si l’histoire ne se répète pas,
elle bégaie assez souvent, y compris dans le pays qui fut sur la ligne de front
dans le combat contre l’Apartheid. Arrivé au pouvoir en 1980 après une lutte
armée contre le régime ô combien raciste de Ian Smith et auréolé de l’hymne non
officiel écrit par Bob Marley, Robert Mugabe avait suscité les espoirs de la
population noire du Zimbabwe, mais également ceux de la minorité blanche, y
compris Ian Smith ou Ken Flower, chef du renseignement de la Rhodésie
pourrissante. Mais la lune de miel avec toutes les composantes du peuple
zimbabwéen a vite tourné en lune de fiel. Avec tous.
Ainsi, six mois après l’indépendance, l’entraînement des forces de sécurité
fut confié à la si populaire et démocratique Corée du Nord. Dans le même temps,
les lieutenants de Robert commencèrent une campagne de dénigrement de l’autre
parti, le Zapu (Zimbabwe African People’s Union), et bien sûr de ses leaders,
au premier rang desquels Joshua Nkomo, à ne pas confondre avec l’ancien gardien
de but camerounais, Thomas Nkono. La pression des supporters du parti du
désormais président aboutit à des affrontements entre Zanu et Zapu, instaurant
une relative terreur parmi la population d’ethnie Ndebele, notamment. Les
années suivantes, des purges au sein de l’armée nationale vidèrent
drastiquement ses rangs des anciens de « l’autre » armée de
libération, celle de Joshua Nkomo, par des bannissements ou des assassinats. La
fidélité actuelle de l’armée envers le vieil autocrate était à ce prix. Les
soubresauts du régime à l’encontre de ses opposants se répétèrent ensuite en
1985 où des milliers de Ndebele furent internés dans des camps. Le tout passa
relativement inaperçu, les yeux du monde étant braqués sur la lutte de l’ANC
chez le voisin sud africain.
La machine était lancée. Les années passant et le président vieillissant
sans se bonifier, le contraste fut saisissant lorsqu’un autre ancien des luttes
fut élu président de l’Afrique du Sud voisine, l’immense Nelson Mandela, qui,
lui, sut ne pas s’accrocher au pouvoir comme un morpion dans le slip d’un
queutard. Nonobstant l’exemple de l’ex prisonnier N° 466-64, Old Bob instaura
une sorte de culte de la personnalité d’inspiration chino-coréenne doublé d’un
pouvoir musclé et sourd, voire aveugle, mais certainement pas manchot.
L’espoir d’une alternance suscité par l’élection présidentielle de 2008 fut
rapidement déçu par les manipulations du vote des électeurs zimbabwéens et les
atermoiements de la commission électorale indépendante, forcément indépendante,
même de la réalité. Le vainqueur du premier tour de la présidentielle dont le
parti remporta la législative abandonne l’épreuve de force avec le vieux
président pour épargner à la population et à ses partisans les exactions qui
reprennent avec une vigueur nouvelle et digne des années quatre-vingts. On ne
reviendra que peu sur le processus qui a mit fin à la candidature alternative
du Movement for a Democratic Change qui partage avec le groupuscule de
Jean-Pierre Chevèment les initiales MDC, juste pour signaler que tout était
relativement prévisible pour qui s’intéresse un tant soi peut à la gouvernance
Mugabe depuis son accession au pouvoir. Les quelques acquis démocratiques sont
exposés voire explosés dans cette grande braderie. Le prix du pouvoir est
garanti à moins de 50% pour Tsvangirai, mieux qu’aux Galeries
Lafayette !
Le mot de la fin au President himself, Robert Mugabe qui, dans une sorte de
virage mystique façon Mitterrand sur la fin de sa vie, a déclaré : «Le
MDC ne sera jamais, au grand jamais, autorisé à diriger ce pays. Seul Dieu peut
me retirer le pouvoir qu'il m'a donné, ni le MDC ni les Britanniques».
Pauvre Chevènement, il n’a pourtant rien fait !