Le grand, l'immense Aimé Césaire vient de nous quitter. Les militants anticoloniaux sont aujourd'hui orphelins d'un père spirituel mais riches d'un héritage inestimable...

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot ?
Aimé Césaire
Cahier du retour au pays natal
"Une nation qui continue, au
fil des ans, à dépenser davantage pour ses moyens de défense militaires que
pour ses programmes de promotion sociale se rapproche de la mort
spirituelle".
Il y aura bientôt 14 ans, le Rwanda sombra
dans la solution finale tropicale qui allait coûter la vie à un million de
victimes, mortes à cause d’un « crime de naissance », être né tutsi, ou
d’un « crime politique », refuser le projet génocidaire.


